Mobilisation des avocats nîmois contre la réforme de la justice criminelle
Ce lundi 13 avril, une journée symbolique baptisée "Justice morte" a rassemblé près de 80 avocats du barreau de Nîmes devant la cour d'appel de la ville. Cette action s'inscrit dans un mouvement national de grève initié le 3 avril dernier, en opposition au projet de loi de réforme de la justice criminelle porté par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Alors que le Sénat examine le texte, les avocats réclament son abandon pur et simple, estimant qu'il menace les fondements d'un procès équitable.
Une salle d'audience vide et des dossiers renvoyés
Dans la salle des comparutions immédiates du tribunal correctionnel de Nîmes, aucun avocat n'a plaidé ce lundi, conformément à la grève en cours. Les dossiers ont été systématiquement renvoyés, paralysant partiellement l'activité judiciaire. Parallèlement, une délégation d'une quinzaine d'avocats nîmois s'est rendue à Paris pour amplifier la protestation, tandis que le rassemblement local visait à interpeller l'opinion publique sur les enjeux de cette réforme.
Le projet de loi "Sure" au cœur des critiques
Le texte, intitulé "Sanction utile, rapide et effective" (Sure), prévoit notamment l'instauration d'une procédure de "plaider-coupable" criminel. Selon cette mesure, un accusé reconnaissant les faits pourrait se voir proposer une peine réduite d'un tiers, avec une audience raccourcie sans experts ni témoins, afin d'accélérer les jugements. Cependant, Léonard Romain, vice-bâtonnier du barreau de Nîmes, a dénoncé cette approche lors du rassemblement : "Elle transforme le jugement des crimes les plus graves en une justice soi-disant négociée mais surtout expéditive, en supprimant le procès d'assises et le jury populaire."
Des préoccupations pour les victimes et le système judiciaire
Les opposants soulignent également que la réforme pourrait nuire aux victimes, en limitant leur droit à la parole et à la reconnaissance lors des procédures. Bien que l'accord des victimes soit requis sous un délai de 10 jours, ce dernier est jugé trop court par les avocats. De plus, la mise en place des Cours Criminelles Départementales (CCD), destinées à désengorger les cours d'assises, est critiquée pour son manque de salles d'audience adéquates, réduisant son efficacité. "Elle n'a pas eu l'effet escompté", a ajouté Léonard Romain, pointant du doigt les lacunes pratiques du projet.
Un mouvement national et des décisions à venir
Le barreau de Nîmes rejoint ainsi 163 autres barreaux en France dans cette mobilisation, exigeant le retrait du projet de loi en l'état. Alors que l'examen au Sénat se poursuit jusqu'à mardi soir, l'ordre des avocats doit se réunir pour décider de la poursuite ou non du mouvement de grève. Cette journée "Justice morte" illustre la détermination des professionnels du droit à défendre les principes d'équité et de transparence dans le système judiciaire français.



