La cour d’assises de l’Hérault juge depuis lundi 18 mai cinq hommes soupçonnés d’être impliqués dans l’assassinat de Riyadh El Maamar, survenu le 16 mai 2023 dans le quartier du Val-de-Croze à Montpellier. Le jeune homme de 19 ans avait été la cible d’une violente expédition punitive. L’un des trois frères soupçonnés a avoué jeudi être l’auteur du tir mortel, mais les raisons du passage à l’acte restent troubles.
La douleur d’une mère
« Ça a été un choc de voir mon fils par terre, les yeux à peine ouverts, le sang. Ça fait trois ans que je me demande pourquoi. Je n’arrive pas à comprendre, est-ce que mon fils a perdu la vie pour une voiture ? Ce n’est pas possible. On est en France, il y a des assurances, tout peut s’arranger en parlant, en discutant », a déclaré Nacira El Maamar, 52 ans, devant la cour. Très digne, elle a exprimé sa douleur et son désarroi depuis la mort de son fils, tué d’une balle dans le dos. Riyadh n’avait jamais eu de démêlés avec la justice et n’était pas connu comme bagarreur. Il a été pris pour cible par trois frères vivant à proximité, qui ont fondu sur lui vers 19 heures, armés d’une machette, d’une batte de base-ball et d’une arme à feu, à visage découvert.
Des motifs futiles
« Ça n’a pas l’air d’être des histoires de stupéfiants mais des histoires de baston, de regards, des motifs futiles », a constaté le commandant de police qui a dirigé l’enquête, évoquant un voisinage très compliqué, une ambiance d’omerta et de nombreux jeunes autour de la scène de crime. « Ce n’est pas aussi clair qu’un règlement de comptes entre dealers. » La tension a éclaté mercredi soir, lorsqu’un témoin a été pris à partie dans la salle des pas perdus de la cour d’appel, entraînant une bagarre générale entre certains membres du public. L’audience a ensuite été interrompue après le malaise grave d’un autre témoin.
Les aveux de l’un des frères
Peu loquaces pendant l’instruction, Salladhine, Yassine et Hafid Hmazzou semblent décidés à en dire plus aux jurés, sans toutefois s’incriminer mutuellement. « Je ne parle que de ce que j’ai fait », a précisé Salladhine, 31 ans, l’aîné, qui aurait été à l’initiative de cette expédition fraternelle tragique. La présidente a tiqué : « C’est un peu facile, mais ça ne me surprend guère, cette solidarité, pour qu’on ne sache pas qui fait quoi. » L’accusé a poursuivi : « C’est dû à des problèmes de voiture, et aussi quand on a frappé mon frère Yassine », justifiant son comportement ce jour-là, où il a pris la tête de la fratrie, machette à la main, pour fondre sur Riyadh et un autre jeune, soupçonnés d’être liés à ces pseudo-embrouilles restées floues, faute de dépôt de plainte. « Vers 17-18 heures, j’ai regardé la Mégane de mon père, il y avait des impacts de balles, j’étais vraiment énervé. Il fallait que ça cesse, ça faisait des mois qu’on vivait la boule au ventre. Ça s’est fait comme ça, c’était pas comploté. »
Le tireur présumé s’exprime
Il est 17 h 30 et son frère Yassine, 29 ans, resté mutique depuis le crime, se décide enfin à lever le voile sur un point clé : qui des trois frères a tiré ? « On voulait faire une démonstration de force, montrer qu’on n’allait plus se laisser faire. Je savais où il y avait une arme dans le quartier, je suis allé la chercher, je l’ai cachée sur moi dans le pantalon », a-t-il commencé. « Ça s’est passé vite, dans le chaos, c’est triste et malheureux, je me suis retrouvé en difficulté, j’ai tiré un coup en l’air, tout le monde est parti en courant, et puis un deuxième coup. J’avais jamais l’intention de lui donner la mort, je ne suis pas une personne violente. Je ne suis personne pour choisir qui doit vivre ou qui doit mourir, il avait 19 ans et sa vie devant lui », a-t-il poursuivi en sanglotant. Mais Me Garance Tursan, partie civile pour la famille de Riyadh, a pointé : « Mais c’est quoi, l’intention, quand on pointe son arme vers quelqu’un et qu’on tire, si ce n’est pas de tuer ? » Yassine Hmazzou a répliqué : « Je me suis jamais imaginé tout ça, j’avais pas la notion du risque. »
Une fratrie étrange
Étrange réponse, à l’image de cette drôle de fratrie, vivant toujours au domicile parental, alors que leurs quatre sœurs ont toutes fait leur vie ailleurs. « Fallait que je reste chez moi, fallait pas que je les suive, j’ai fait le bête, j’ai suivi mes grands frères », a admis, déconcertant, Hafid, 23 ans, le cadet, qui vivait alors reclus dans sa chambre, accroché nuit et jour à sa console de jeu, et qui s’est armé d’une matraque télescopique lorsqu’il a été réveillé vers 18 heures par un appel angoissé de sa mère, à propos de cette fameuse voiture abîmée. « J’ai l’impression que dans les jours précédant, il y a dans cette maison tout un climat de peur, initié par votre maman », a souligné Me Gaspard Cuénant, son avocat. Le père, à ce moment-là, était en voyage au Maroc. « Il s’est passé une tragédie énorme, il y a une famille en pleurs. Je sais qu’on est impardonnables », a constaté Hafid Hmazzou. Le verdict est attendu demain.



