Assassinat d'Aramburú : l'enquête révèle une traque préméditée par des néonazis à Paris
Quatre ans après la mort tragique de Federico Martín Aramburú, l'enquête judiciaire met en lumière les circonstances effroyables de son assassinat. Le 19 mars 2022, à 6 heures du matin, ce rugbyman argentin de 42 ans, ancien joueur du Biarritz Olympique, a été abattu de six balles sur le boulevard Saint-Germain à Paris. Les auteurs, deux militants d'extrême droite proches de la mouvance néo-nazie, Romain Bouvier et Loïk Le Priol, seront jugés pour assassinat et tentative d'assassinat devant la cour d'assises de Paris du 7 au 25 septembre.
Une soirée qui tourne au drame
La soirée avait commencé par une violente altercation devant le bar Le Mabillon, où Federico Martín Aramburú passait du temps avec son ami Shaun Hegarty. Les témoignages et les images de vidéosurveillance, auxquels Sud Ouest a eu accès, décrivent une scène loin d'une simple bagarre de bar. Mathilde*, une riveraine, raconte : "Mon attention a particulièrement été attirée par l'un des protagonistes qui semblait vraiment déterminé. Il hurlait et insultait un seul individu. J'ai dû entendre au moins quinze fois le mot 'pute' ainsi que les insultes 'ta mère la pute, je vais te retrouver'".
La chasse à l'homme s'organise
Après l'intervention des vigiles et serveurs pour séparer les protagonistes, Loïk Le Priol et Romain Bouvier ne se calment pas. Un vigile témoigne avoir vu Le Priol sortir un brassard police et une arme, ouvrant et refermant le barillet devant lui. Les deux militants discutent ensuite devant le bar, exprimant clairement leur intention de retrouver les deux rugbymen. Un serveur leur ayant indiqué que ces derniers étaient partis en taxi, Loïk Le Priol rétorque : "Pourquoi vous les avez laissés partir, on voulait les niquer".
Un vigile décrit l'état de Loïk Le Priol : "Il prenait sur lui, il essayait de respirer calmement mais ça se voyait que c'était dur, il avait 'les nerfs', des vrais nerfs. Au visage, on voyait qu'il aurait pu faire le pire, c'était vraiment chaud". Après un échange de quatre minutes avec Romain Bouvier, Le Priol part en courant à la recherche d'Aramburú et Hegarty, qui s'étaient arrêtés dans un hôtel pour soigner leurs blessures.
Le dénouement fatal
Pendant ce temps, Romain Bouvier est conduit dans la Jeep de Lyson Rochemir, la petite amie de Loïk Le Priol, à la recherche des anciens joueurs. Ils finissent par les retrouver alors qu'ils sortent de l'hôtel, Aramburú ayant des glaçons sur la tête. Bouvier sort de la voiture, s'empoigne avec le rugbyman, puis tire quatre fois avec son pistolet Sharps multi-canons 1859 type poivrière avant de prendre la fuite à pied.
Entendant les coups de feu, Loïk Le Priol fait demi-tour et retrouve Aramburú blessé. Après une nouvelle altercation et l'intervention de Shaun Hegarty, Le Priol sort son revolver Colt New Pocket 1890 et tire six coups. Federico Martín Aramburú ne se relèvera pas. Lors des auditions, Bouvier affirme avoir eu peur et voulu viser le sol, tandis que Le Priol invoque un tir par réflexe dû à un stress post-traumatique.
Un meurtre avec préméditation
Les avocats des parties civiles insistent sur le caractère prémédité de l'acte. Me Christophe Cariou-Martin, avocat de Shaun Hegarty, déclare : "Ce n'est pas une simple bagarre de bar qui a mal tourné. C'est un meurtre avec préméditation, dont le point de départ a été une bagarre". Me Yann Le Bras, avocat de la famille Aramburú, ajoute : "Des morts par arme à feu après une bagarre en sortie de bar, il y en a déjà eu partout en France. D'habitude, cela se produit dans la même action. Le fait que Federico et Shaun soient partis après la bagarre aurait normalement dû apaiser les tensions. Là, il y a eu une concertation entre les tireurs, puis une chasse à l'homme. C'est rare. C'est aussi très rare d'avoir deux armes et deux tireurs qui vident leur chargeur à bout portant".
Loïk Le Priol et Romain Bouvier sont maintenus en détention provisoire, tandis que Lyson Rochemir est sous contrôle judiciaire. Ils sont présumés innocents jusqu'à leur jugement.
*Prénom modifié



