Procès en appel pour viol en réunion : trois ex-rugbymen de Grenoble face à la justice
Appel pour viol en réunion : trois ex-rugbymen jugés

Une affaire de viol en réunion qui secoue le monde du rugby

Une troisième mi-temps qui aurait mal tourné selon les accusés, ou un viol caractérisé avec des actes s'apparentant à de la barbarie selon la défense de la victime ? Trois anciens joueurs du FC Grenoble Rugby sont jugés en appel depuis ce mercredi 25 mars devant la cour d'assises de la Charente à Angoulême pour viol en réunion. Denis Coulson, 31 ans, Irlandais, et le Français Loïck Jammes, 31 ans, avaient été condamnés en décembre 2024 à quatorze ans de réclusion, contre douze ans pour le Néo-Zélandais Rory Grice, 35 ans. Les trois hommes sont actuellement détenus.

Une soirée à Bordeaux qui bascule dans l'horreur

Les faits remontent au 11 mars 2017 à Bordeaux. Charlotte, étudiante à Sciences Po à l'époque et aujourd'hui magistrate exerçant comme juge d'instruction, était sortie avec deux amies. Elles avaient rendez-vous au Houses of Parliament, un pub anglais du centre-ville, où elles ont rencontré cinq joueurs anglophones du FC Grenoble Rugby. Ces derniers célébraient, ou plutôt noyaient leur défaite cuisante (46-14) face à l'Union Bordeaux-Bègles en Top 14.

Le groupe s'est ensuite rendu en discothèque La Plage où les huit jeunes ont consommé quatre bouteilles d'alcool. Vers 4 heures du matin, Charlotte titubait gravement selon le témoignage d'une de ses amies, qui avait préféré rentrer. La jeune femme a ensuite pris un Uber avec Denis Coulson et un autre joueur en direction de l'hôtel Quality Suites de Mérignac, où l'équipe était hébergée.

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Un réveil traumatique

Le lendemain matin vers 8h45, la police s'est rendue au domicile de Charlotte sur appel de sa mère. L'étudiante était en état de choc, en pleurs. Elle a déclaré s'être réveillée nue sur un lit avec une béquille dans le vagin, entourée de deux hommes nus en érection et de trois autres habillés. Elle se souvient avoir pratiqué des fellations à tour de rôle sous les instructions d'un joueur, avec la sensation d'avoir été pénétrée par un objet froid et métallique.

"J'ai eu peur d'avoir été consentante mais non, en fait, je ne l'étais pas. Pas consentante mais trop alcoolisée pour pouvoir réagir et dire non", a-t-elle déclaré. L'analyse toxicologique a révélé un taux d'alcoolémie majeur, entre 2,2 et 3 grammes par litre de sang, susceptible de conduire à une vulnérabilité chimique.

Les versions contradictoires des accusés

Denis Coulson reconnaît avoir eu plusieurs relations sexuelles avec Charlotte, mais affirme qu'elle était consentante, voire à l'initiative. Il a même filmé une partie des ébats avec son téléphone portable, y voyant "la preuve du consentement". Troublant : dès le lendemain, il a tapé dans Google "que faire si on couche avec une fille ivre ?".

Loïck Jammes, lui, admet être entré dans la chambre vers 7 heures du matin et avoir utilisé des objets : une banane, le goulot d'une bouteille en plastique et, plus sordide, la béquille d'un coéquipier blessé. Il affirmait initialement qu'elle était "friande" et avait "pris son pied", avant d'admettre lors de la confrontation n'avoir jamais sollicité son accord.

Rory Grice reconnaît également avoir rejoint la chambre au petit matin pour y recevoir une fellation. Il "imagine" que si la jeune femme était en pleurs à la réception, c'était sans doute parce qu'elle entamait "la marche de la honte".

Une concertation organisée sur WhatsApp

L'exploitation de la téléphonie a révélé une concertation organisée entre les trois hommes dès le lendemain matin sur une boucle WhatsApp créée par Jammes, avec pour message initial : "to have the same" (avoir la même version). Denis Coulson a également contacté Charlotte sur Facebook le même jour, proposant de discuter, alors qu'elle avait déjà déposé plainte.

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Expertises psychiatriques déterminantes

Le Dr Roland Coutanceau, psychiatre missionné par le magistrat instructeur, a conclu à "une amnésie lacunaire clinique" permettant au sujet de garder la capacité d'une action mais en réponse à une stimulation, avec une logique réflexe ou mécanique. Cet état, qualifié parfois de "pilotage automatique", explique que la victime ait pu paraître active sans en avoir conscience.

L'expert psychologue évoque "un trou noir" et un état qui ne permettait plus à la plaignante "d'être en mesure de jauger la situation au moment des faits".

Un procès à huis clos et des enjeux sociétaux

Comme lors du premier procès, la défense de la victime demandera le huis clos, qui est de droit dans ce type de situation. "Cette affaire est le reflet d'un phénomène de société : les relations sexuelles alcoolisées entre jeunes", plaide Me Corinne Dreyfus-Schmidt, avocate de Denis Coulson.

La loi du 6 novembre 2025 a depuis défini plus strictement le consentement dans le Code pénal, qui doit être "libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable". La Cour de cassation rappelle toutefois que la consommation d'alcool ne suffit pas à elle seule à caractériser l'absence de consentement.

Des carrières interrompues et des peines sévères

Avant le procès, deux des trois accusés avaient poursuivi leur carrière de rugbyman : Rory Grice à Oyonnax en Pro D2 et Loïck Jammes à Aix-en-Provence. Denis Coulson, ancien international irlandais U20, s'était reconverti dans le bâtiment. Tous trois sont en prison depuis quinze mois.

La défense, qui juge les condamnations "extrêmement sévères", aura la tâche difficile lors de ce procès en appel qui devrait durer jusqu'au 3 avril. Les trois accusés risquent jusqu'à vingt ans de prison. Neuf ans après les faits, Charlotte, selon l'un de ses avocats, "n'a toujours pas fait le deuil de ce qu'elle a subi".