Procès libyen en appel : Alexandre Djouhri évoque ses 77 dossiers classés secret défense
Alexandre Djouhri et ses 77 dossiers secret défense au procès libyen

Le mystère Alexandre Djouhri au cœur du procès libyen en appel

Devant la cour d'appel de Paris, Alexandre Djouhri a adopté une attitude plus sobre que lors du premier procès, où il avait été condamné à six ans de prison ferme pour blanchiment, corruption active et association de malfaiteurs dans l'affaire des financements libyens. Le président de la cour, Olivier Géron, l'avait invité à modérer son débit et à répondre précisément aux questions, connaissant sa propension aux digressions.

Un homme d'affaires aux multiples facettes

Alexandre Djouhri, 67 ans, se présente comme un « homme d'affaires à 100 % », refusant le terme d'intermédiaire. Son interrogatoire visait à éclaircir l'étendue de son entregent, sa proximité avec le clan Sarkozy et ses relations avec Bechir Saleh, l'ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi. Malgré les efforts de la cour, les réponses de Djouhri n'ont pas dissipé le mystère entourant ses activités.

Il a évoqué ses débuts comme directeur général d'Euroarabe et Euroafricaine, une agence de presse qu'il a cofondée avec Pierre Mutin, ancien conseiller de François Mitterrand. C'est à cette époque qu'il a rencontré Bechir Saleh, alors ambassadeur de Libye en Algérie, qu'il décrit comme « un véritable homme d'Etat, très cultivé ».

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Des liens étroits avec le pouvoir

Djouhri affirme avoir rencontré Jacques Chirac en 1979 en Côte d'Ivoire, en présence de Jacques Foccart, le célèbre monsieur « France-Afrique ». Depuis, il se présente comme un « chiraquien intégriste ». C'est Chirac qui lui aurait demandé d'organiser une rencontre avec Bechir Saleh dans les années 2000 pour négocier l'indemnisation des victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA.

Dans les cercles chiraquiens, il a sympathisé avec Maurice Gourdault-Montagne et Dominique de Villepin, bien que ce dernier ait affirmé ne pas l'avoir fréquenté entre 2002 et 2007. Djouhri a également fait la connaissance de Nicolas Sarkozy, qui le soupçonnait d'être impliqué dans l'affaire Clearstream. Une rencontre à la place Beauvau avec Sarkozy et Claude Guéant aurait permis de dissiper ces soupçons.

Les mystérieux dossiers secret défense

Lors de l'audience, Alexandre Djouhri a révélé l'existence de 77 dossiers classés secret défense le concernant, sans en dévoiler le contenu. « Ça veut dire ce que ça veut dire », a-t-il lancé, laissant planer le doute sur la nature de ses relations avec les services français. Il a également affirmé avoir été sollicité par les services pour des conseils en Afrique.

Durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, Djouhri a été un visiteur assidu de l'Élysée, avec 14 rendez-vous avec le président et 59 avec Claude Guéant. Interrogé sur sa capacité à fréquenter des personnalités de différentes couleurs politiques, il a répondu : « Mais c'est le même pays ».

Le rôle dans les exfiltrations de Bechir Saleh

L'interrogatoire s'est également penché sur le rôle de Djouhri dans les déplacements de Bechir Saleh. En novembre 2011, après la chute du régime libyen, Saleh a quitté la Libye pour la Tunisie, puis la France, à bord d'un avion privé affrété par Djouhri. Interrogé sur son implication dans cette opération, ce dernier a de nouveau invoqué ses 77 dossiers secret défense.

Le 3 mai 2012, à quelques jours du second tour de la présidentielle, Bechir Saleh a quitté précipitamment la France pour le Niger dans un vol enregistré au nom d'Alexandre Djouhri. Ce départ coïncidait avec la révélation par Mediapart d'une note sur le financement libyen de la campagne de 2007 et avec l'émission d'une notice rouge Interpol contre Saleh. Djouhri nie toute exfiltration, affirmant que Saleh est parti librement pour une réunion interlibyenne au Niger. Curieusement, ce dernier n'est jamais revenu.

L'audience s'est conclue sans que les mystères entourant Alexandre Djouhri ne soient pleinement éclaircis, laissant la cour d'appel de Paris face à un personnage aussi insaisissable que controversé.

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