Affaire Urgo : un pharmacien face à la justice pour des avantages en nature
Trois ans après la condamnation des Laboratoires Urgo pour violation de la loi anti-cadeaux, un pharmacien villeneuvois de 49 ans était jugé ce vendredi 27 février. Le dossier, qualifié de « le plus important du département en matière d'avantages en nature », concerne des objets onéreux livrés entre décembre 2018 et septembre 2021.
Un inventaire luxueux au cœur de l'affaire
La liste des biens en question est impressionnante :
- Un presse-agrume Smeg d'une centaine d'euros
- Une télévision à écran plasma LG valant 4 400 euros
- Quatre machines à café Nespresso
- Un lave-linge et un lave-vaisselle
- Une centrale vapeur
- Des bouteilles de vin et de champagne
- Des iPhone, iPad et Apple Watch
Ces objets étaient livrés soit à l'officine située à l'entrée de la bastide, soit directement au domicile du gérant dans une commune limitrophe. Ce système était lié aux Laboratoires Urgo, déjà condamnés en janvier 2023 à plus d'un million d'euros d'amende pour l'octroi de cadeaux d'une valeur totale de 55 millions d'euros.
Un système de points bien huilé
La présidente du tribunal correctionnel d'Agen, Tiphaine Personnic, a expliqué le mécanisme : « En contrepartie de l'abandon de remises commerciales, liant contractuellement Urgo avec les professionnels de santé, ceux-ci se voyaient titulaires de points qu'ils pouvaient convertir sous forme de produits déclinés dans un catalogue ». Ce système impliquait 42% des pharmacies du territoire.
La magistrate a rappelé la loi anti-cadeaux de 1993 qui interdit aux professionnels de santé de recevoir des rétributions directes ou indirectes de la part des laboratoires pharmaceutiques.
Les arguments de la défense et de l'accusation
Le pharmacien a affirmé : « Pour moi, il ne s'agissait pas de cadeaux, puisque l'achat de matériel se faisait sur catalogue en échange de l'abandon des remises. On a été dupés ». Il certifie que tous les produits étaient destinés à l'équipement de son officine.
À l'inverse, le représentant de la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités a martelé : « La vente de ces produits hors remises entraîne des pertes pour la pharmacie, et il y a ici une déconnexion de ces avantages en nature avec le cadre professionnel ».
L'impact sur la profession pharmaceutique
Le Conseil de l'Ordre des pharmaciens a souligné que « l'affaire Urgo fait beaucoup de bruit et a pu remettre en cause la confiance entre les patients et les pharmaciens concernant leurs liens avec les laboratoires », qualifiant cela d'« atteinte à l'intérêt collectif de la profession ».
L'avocate de la défense, Me Émilie Houssineau, a plaidé pour une « analyse purement juridique » : « Un paiement par compensation est admis, il ne s'agit donc pas de cadeaux. L'élément moral fait également défaut, puisqu'il n'y a eu aucun impact sur la délivrance des produits, le pharmacien étant tenu par la prescription du médecin ».
Le parquet a requis 30 000 euros d'amende, dont la moitié avec sursis, contre le pharmacien villeneuvois. Le tribunal rendra son délibéré le 27 mars prochain, marquant ainsi une nouvelle étape dans cette affaire qui secoue le monde de la pharmacie française.



