Bijoux de luxe, matériel informatique, électroménager ou encore champagne. Quatre pharmaciennes de Nice ont été jugées au tribunal correctionnel pour avoir perçu de la part du laboratoire français Urgo des avantages en nature contraires à la loi. Le montant total des avantages accordés par Urgo aux pharmaciens en France s'élève à 55 millions d'euros, incluant mobilier de marque, produits électroniques, vélos électriques, bijoux et champagne.
Des avantages évalués jusqu'à plus de 28 000 euros
L'affaire des « cadeaux Urgo » éclate en 2021 suite à une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et de la gendarmerie de Dijon. Le principe est simple : en contrepartie d'un renoncement partiel à certaines remises commerciales accordées lors de commandes groupées – jusqu'à 50 % – les pharmaciens accumulaient des points leur permettant de choisir des cadeaux dans un catalogue remis par les commerciaux du laboratoire.
C'est ainsi que les prévenues se sont vu remettre des bijoux de chez Chopard, des montres Longines, de l'électroménager, des téléphones portables, téléviseurs, ordinateurs MacBook et bouteilles de champagne, pour des montants évalués allant de 17 000 à un peu plus de 28 000 euros.
Toutes pensaient être dans la légalité
À la barre, aucune des prévenues n'a contesté avoir bénéficié des objets susmentionnés. Toutes, ou presque, ont en revanche contesté la qualification de « cadeaux ». « Je travaillais avec Urgo bien avant le catalogue. Ils font de meilleures compresses et de meilleurs adhésifs », a expliqué l'une d'elles, assurant que les téléphones et ordinateurs obtenus étaient utilisés au sein de l'officine. Pour les autres biens comme les bijoux et l'alcool, ils étaient, selon leurs dires, principalement offerts aux salariés.
Les quatre pharmaciennes ont soutenu avoir considéré ces objets comme la contrepartie des remises commerciales auxquelles elles avaient renoncé, et qu'en tout état de cause, elles avaient payé. Partie civile, le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens a rappelé que la loi anti-cadeaux vise à préserver l'indépendance des professionnels de santé. « Ce qui importe, c'est l'obtention de ces cadeaux, pas l'usage qui en est fait », a plaidé son avocat.
Le parquet réclame 10 000 euros dont la moitié avec sursis
Selon le ministère public, le système a nécessairement eu une incidence sur les choix commerciaux des officines et sur leur équilibre économique. Concernant l'élément intentionnel, le procureur a estimé que les prévenues ne pouvaient se satisfaire des seules explications fournies par les commerciaux du laboratoire. Évoquant les saisies d'avoirs criminels réalisées dans le dossier Urgo, estimées entre cinq et six millions d'euros, le magistrat a finalement requis une amende de 10 000 euros, dont la moitié avec sursis, contre chacune des quatre pharmaciennes.
Près de 40 % des officines françaises concernées
La défense a au contraire décrit un mécanisme de « ristournes différées » mis en place par un laboratoire de premier plan et largement répandu dans la profession. Selon les avocats, près de 40 % des officines françaises auraient adhéré au dispositif. « À qui profite le crime ? À Urgo puisque le montant des cadeaux était forcément inférieur à celui des remises », a notamment plaidé Me Franck Chouman. Le jugement a été mis en délibéré au 3 juillet prochain.



