Sur les 34 dossiers inscrits au rôle des cours d'assises et des cours criminelles de Nîmes et de Montpellier jusqu'à la fin de l'année 2026, 27 concernent des crimes sexuels, dont 19 avec des victimes mineures. Ces audiences, pour l'essentiel fixées avant la mort de la petite Lyhanna dans le Gers, montrent que la justice consacre une large part de son activité à la répression de l'inceste et de la pédocriminalité, malgré les dysfonctionnements dénoncés depuis ce drame.
Des audiences massivement dédiées aux violences sexuelles
Selon les rôles des juridictions criminelles du Gard et de l'Hérault, qui vont siéger presque en continu jusqu'à la fin de l'année, 80 % des audiences seront consacrées à des infractions sexuelles. Sur les 27 procès pour viol, 19 ont des victimes mineures, soit les deux tiers du total des affaires à juger. Ces documents, dressés plusieurs mois à l'avance par les cours d'appel, prennent en compte les délais de détention provisoire, l'ancienneté des dossiers et les priorités pénales définies par les parquets généraux : lutte contre le narcobanditisme, les féminicides ou la pédophilie.
La quasi-totalité de ces procès ont été choisis avant la disparition de la fillette, le 29 mai à Fleurance dans le Gers, et l'arrestation de Jérôme Barella, précédemment mis en cause à plusieurs reprises pour des abus sexuels sur des fillettes. Seul le dernier procès programmé à Montpellier porte la trace directe de l'impact de l'affaire Lyhanna sur l'institution judiciaire.
Des affaires emblématiques de la pédocriminalité
Parmi les affaires de viols sur mineurs, un secrétaire médical de 66 ans comparaîtra les 7 et 8 octobre devant la cour criminelle du Gard pour avoir violé en 2021 son neveu âgé de neuf ans, lors d'une cousinade à Beaucaire. L'homme, déjà connu pour agression sexuelle sur mineur, avait été signalé par une société de maintenance informatique qui avait détecté des milliers d'images pédopornographiques en 2018 sur son ordinateur. Le parquet de Nîmes n'avait transféré le dossier à Tarascon qu'en 2022, sans qu'un acte d'enquête ne soit effectué avant 2024. Le viol du petit garçon est survenu pendant cette léthargie procédurale, et il a fallu attendre trois ans encore entre la plainte de la mère et le placement en garde à vue du suspect, qualifié de dangereux par les experts, et qui affirme avoir été provoqué par l'enfant.
D'autres affaires illustrent la diversité des profils : un sexagénaire jugé du 28 au 30 septembre à Montpellier, accusé par sa nièce de l'avoir violée à Sète lorsqu'elle avait sept ans, et dont la propre fille a dénoncé des viols réguliers subis dans sa petite enfance. Un retraité du Biterrois, jugé les 8 et 9 octobre, ne répondra que des accusations de sa nièce, les autres plaintes étant prescrites. Un septuagénaire d'un village du Montpelliérain, considéré comme un membre de la famille par un jeune couple, sera jugé du 4 au 6 novembre pour avoir abusé de leur fillette de huit ans, qu'il dépannait parfois en allant la chercher à l'école. Un jeune adulte comparaîtra du 1er au 2 octobre pour avoir abusé d'une adolescente de 14 ans, amie de sa sœur, lors d'une soirée. Enfin, un aide-soignant sera jugé du 5 au 7 octobre pour avoir abusé d'une fillette de trois ans, confiée à son épouse assistante maternelle, après avoir bénéficié d'un non-lieu sur les viols d'une retraitée de 93 ans, décédée sans avoir pu être interrogée.
Sadisme et soumission chimique : deux affaires atypiques
Parmi les viols sur victimes majeures, l'ancien directeur d'un centre pour handicapés de l'agglomération montpelliéraine, âgé de 41 ans, sera jugé du 12 au 15 octobre par la cour criminelle de l'Hérault pour les viols de six jeunes femmes, dont cinq parties civiles. Il conteste avoir outrepassé le consentement de ses partenaires : « Je n'ai jamais caché que j'avais une sexualité débridée ou pas comprise par tout le monde, mais j'ai toujours agi dans le respect des femmes, ce qui explique mon incompréhension », a-t-il répété devant la cour d'appel de Montpellier en mai, où il a demandé en vain sa remise en liberté. Ses partenaires, rencontrées via Meetic, ont décrit des rencontres qui tournaient au sadisme violent, loin de la « domination soft » promise par cet homme inconnu jusqu'ici de la justice, brillant diplômé universitaire, et qui revendique son appartenance à un groupuscule d'extrême droite.
Une autre affaire de viols avec soumission chimique sera jugée à Nîmes les 12 et 13 novembre. Un ancien photographe de 66 ans, qui proposait à de jeunes candidates au mannequinat de réaliser des photos d'elles en studio, est accusé d'avoir abusé d'au moins six d'entre elles, après les avoir endormies avec un somnifère dilué dans une boisson. L'homme filmait ses actes et conservait les vidéos, découvertes après les premières plaintes en 2023.
L'affaire Lyhanna accélère un procès à Montpellier
Le dernier procès inscrit à Montpellier, celui de Manuel B., 68 ans, qui vit à Lodève, sera jugé du 15 au 18 décembre 2026 pour les viols de six fillettes, commis notamment alors qu'il était famille d'accueil pour l'Aide sociale à l'enfance, dans le Gard puis dans l'Hérault, à partir de 2006. Visé par une première plainte en 2014, il a été mis en examen un an plus tard et laissé en liberté. D'autres victimes se sont fait connaître, portant le nombre à six en 2017, mais l'enquête a duré encore six ans avant son renvoi devant la cour d'assises en 2023. Après la publication dans Midi Libre le 19 juin d'un article où Me Hugo Ferri, avocat de parties civiles, dénonçait ce cas emblématique de lenteur judiciaire, le dossier a été inscrit sur le rôle de la cour criminelle de l'Hérault le 7 juillet, soit moins de trois semaines plus tard.
D'autres affaires criminelles, hors violences sexuelles, seront également jugées : l'incendie meurtrier de Perpignan du 1er au 16 octobre, où huit personnes sont mortes, dont cinq membres d'une même famille ; le procès d'un jeune homme qui avait poignardé Maeva Torres, 27 ans, mère de quatre enfants, à 17 reprises dans le quartier de la Mosson à Montpellier, du 15 au 17 septembre ; l'assassinat de Mylvia Calvayrac, écrasée volontairement sur le parking de Béziers-Plage le jour de Noël 2021, jugé du 7 au 10 septembre ; et plusieurs affaires de narcobanditisme, dont une fusillade ayant fait trois blessés à Nîmes en 2022, jugée du 16 au 20 novembre. La justice, critiquée après la mort de Lyhanna, doit maintenant faire face à l'examen de ses pratiques, notamment sur les délais de traitement des affaires de pédocriminalité.



