Plus d'un mois après le gigantesque incendie qui a ravagé la commune, l'école Jean Degoul du Porge (Gironde) rouvre ses portes ce mardi matin, comme partout en France. Ses 12 classes ont été « miraculeusement épargnées par les flammes », mais l'ombre du feu plane encore sur la rentrée. « Maman, cela va faire bizarre de retourner à l'école parce que le chemin pour y aller a été pris par les flammes », a confié Naïwenn, fille d'Audrey Labatut, membre de l'association L'école pour nos enfants du Porge (EPNE), à sa mère.
Une commune meurtrie, des paysages dévastés
Le feu s'est arrêté à quelques mètres de la maison d'Audrey Labatut, ravageant son jardin et son cabanon. Dans la commune, les séquelles sont encore bien visibles, avec des rangées interminables de pins calcinés et des dizaines de maisons détruites. Le Porge a payé le plus lourd tribut de l'incendie en France, avec 183 maisons brûlées. « Dès qu'on sort de la cour, on tombe dans le parc de la Garenne [une aire de jeux pour enfants] qui donne sur la zone brûlée, et là, au bout de la rue, on voit aussi le paysage dévasté », pointe Laetitia Oscademaret, membre de l'EPNE.
L'incendie, sous contrôle mais toujours pas déclaré éteint, a laissé des traces profondes dans les esprits. « Dans notre rue, une petite fille qui n'est pourtant pas du tout impactée dans son quotidien, pleure à chaque fois qu'elle entend une sirène de pompier et ne veut pas rester chez elle », rapporte Laetitia Oscademaret, mère d'une élève de CP de l'école du Porge et qui vit à Maisonneuve, lieu-dit près du Porge. « C'est très compliqué pour les enfants qui ont vécu l'évacuation avec les flammes de chaque côté de la route ».
Une rentrée sous haute surveillance psychologique
« Qu'on soit sinistrés ou pas, je pense que pour tous les enfants, cela a été un choc terrible, une angoisse de devoir être obligés de partir en urgence de leur domicile et d'entendre que certains de leurs petits copains n'ont plus de maisons », renchérit Agnès Luron, élue en charge de l'éducation. « On a seulement deux enfants sur 15 issus de familles sinistrées qui ne feront pas la rentrée au Porge », rapporte-t-elle, ajoutant que « de nombreuses familles ont heureusement pu retrouver un logement provisoire sur la commune ».
En lien avec la ville, les enseignants envisagent de créer des petits groupes de parole pour permettre aux enfants de s'exprimer sur cet événement. Une cellule d'aide psychologique sera aussi mise en place, pour un mois environ, en plus de l'antenne du centre hospitalier Perrens, qui s'est déjà installée sous tente, à quelques mètres de l'école. « Il va falloir faire attention et de bien surveiller les enfants qui n'auront pas parlé tout de suite et qui auront peut-être envie d'en parler plus tard », souligne l'élue.
Le recteur Jean-Marc Huart, qui sera au Porge ce lundi après-midi auprès des enseignants qui font leur prérentrée, a annoncé : « Nous allons même mettre en place des formations, en lien avec le CHU, permettant sur la longue période aux personnels d'être initiés à l'identification de traumatismes profonds ».
Fatigue des enfants et culpabilité des non-sinistrés
Laetitia Oscademaret a partagé avec certains des enseignants ses craintes sur la fatigue des enfants, avec notamment un été émaillé de longues semaines de sommeil perturbé. « Même ceux qui sont partis en vacances reviennent et sont plus ou moins stressés, impactés ou tristes pour leurs copains », précise-t-elle. L'équipe pédagogique, installée depuis plusieurs années sur la commune, a la confiance des parents pour gérer cette rentrée pas comme les autres. « Ils sont extraordinaires et vont forcément évoquer l'événement, assure Audrey Labatut. N'oublions pas que certains ont eux aussi vécu le traumatisme ».
Retrouver l'école, c'est aussi retrouver ses copains, ses copines, ses repères et une certaine sécurité, alors même que beaucoup d'enfants souffrent d'hypervigilance, guettant la moindre sirène, un coup de vent ou un bruit suspect. Un semblant de retour à la normale qu'attendent la plupart des familles.
Pour qu'au niveau matériel, les familles des sinistrés aient l'esprit un peu plus tranquille en cette rentrée, les deux associations de parents d'élèves de la commune ont organisé des collectes de fournitures scolaires. « On a aussi eu la chance d'avoir un don de purificateurs d'air, particulièrement bienvenus pour les enfants asthmatiques, qu'on va pouvoir mettre dans toutes les classes pendant quelques semaines », ajoute Agnès Luron. Les sinistrés ont été reconnaissants de cette mobilisation spontanée. « On ne peut que les soutenir, les aider puisqu'on a tous notre petite culpabilité d'aller bien dans notre quotidien, d'aller bien dans notre maison… lâche Laetitia Oscademaret. C'est bien le moins qu'on puisse faire pour eux. »



