Dans une tribune publiée par Libération, Jérôme Karsenti, avocat et essayiste, dénonce le renoncement des juges à exercer leur rôle de contre-pouvoir dans l'affaire Marine Le Pen. Selon lui, la justice aurait dû enquêter sur les soupçons d'ingérence étrangère qui entourent la candidate du Rassemblement national, mais elle a choisi de ne pas le faire.
Une enquête tronquée selon Karsenti
Karsenti rappelle que Marine Le Pen est mise en examen pour des faits présumés de financement illicite de sa campagne présidentielle de 2022. Cependant, il estime que l'enquête s'est concentrée sur des aspects secondaires, laissant de côté des éléments plus graves. "Les juges ont volontairement ignoré les preuves d'ingérence étrangère, notamment en provenance de Russie, qui auraient pu changer la donne", écrit-il.
L'avocat s'appuie sur des documents et des témoignages qui, selon lui, établissent un lien entre l'entourage de Marine Le Pen et des intérêts russes. Il cite notamment des échanges avec des oligarques et des tentatives d'obtenir un prêt auprès d'une banque russe. "Ces faits sont connus des services de renseignement, mais la justice a refusé de les exploiter", ajoute-t-il.
Un renoncement politique
Pour Karsenti, ce refus d'enquêter constitue un renoncement politique. "Les juges ont peur de s'attaquer à une figure politique majeure, surtout dans un contexte de montée de l'extrême droite", estime-t-il. Il dénonce une justice qui se soumet aux pressions politiques et qui abandonne son rôle de gardienne de l'État de droit.
Il compare cette situation à d'autres affaires où la justice a fait preuve d'indépendance, comme dans l'enquête sur le financement libyen de Nicolas Sarkozy. "Pourquoi ici les juges reculent-ils ? Parce que Marine Le Pen est une candidate populaire et que les juges craignent des réactions violentes", analyse-t-il.
Une atteinte à la démocratie
Karsenti conclut que ce renoncement est une atteinte à la démocratie. "Si la justice ne joue pas son rôle de contre-pouvoir, c'est tout l'équilibre des institutions qui est menacé", écrit-il. Il appelle les magistrats à reprendre leurs prérogatives et à enquêter sans crainte sur les ingérences étrangères.
Il rappelle que l'indépendance de la justice est un principe fondamental dans une démocratie. "Sans cela, nous risquons de voir des puissances étrangères influencer nos élections en toute impunité", conclut-il.



