Affaire Jonathan Coulom : l'enquête minutieuse du gendarme Pascal Cotten
Affaire Jonathan Coulom : l'enquête du gendarme Cotten

Les cheveux ras, la chemise blanche immaculée avec les galons sur l'épaulette, la voix posée : Pascal Cotten est venu, trois heures durant, disséquer avec minutie l'enquête qu'il a menée à partir d'octobre 2007 lorsqu'il a repris les commandes de la cellule « Disparition 44 ». Le ton est fluide, précis, avec toute la rigueur militaire attendue.

Une reprise à zéro

« Quand j'arrive, j'ai 5 300 pièces de procédure à analyser », pose-t-il. Et toujours aucun auteur sous la main… Avec ses onze collègues basés à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et dédiés exclusivement à l'affaire, il reprend tout à zéro et passe l'ensemble du dossier de l'enlèvement et du meurtre du petit Jonathan Coulomb, trois ans plus tôt, à la moulinette Anacrim. Le logiciel qui permet de croiser des informations ou d'effectuer des rapprochements régurgite alors des dates, des indices et surtout des témoignages jusqu'alors restés dans les cartons.

Des témoignages clés

On y apprend notamment que le propriétaire du manoir donnant sur l'étang de Guérande avait bel et bien signalé, dès le lendemain de la macabre découverte, avoir aperçu « une masse flottant […] dès le 14 ou le 15 avril », soit une semaine après le kidnapping. « Forme » qui sera également vue par d'autres promeneurs ou résidents des lieux « le 22 avril », « le 28 avril », « le 29 avril », ou encore « le 1er mai », évoquant pêle-mêle « un ragondin », « une tortue » voire « une méduse ». Point d'animaux, il s'agissait en réalité du cadavre lesté et ligoté de Jonathan Coulom, extrait de ce « milieu hydrique » le 19 mai 2004.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La piste allemande

Fort de cette nouvelle chronologie chamboulée, la piste d'un local qui aurait pu séquestrer longtemps l'enfant chez lui avant de le tuer sans attirer l'attention s'effrite. À l'appui d'une contre-expertise médico-légale diligentée en 2009 et évoquant une « immersion qui peut très bien dater du jour même de la disparition », on ouvre le champ des possibles avec l'hypothèse, cette fois, d'un prédateur de passage.

On se souvient alors de l'intérêt qu'avaient manifesté les policiers allemands dès les premières heures de l'enquête en 2004. Eux qui couraient depuis le début des années 1990 après un meurtrier pédophile arrachant ses proies dans leur sommeil à l'intérieur même de camps de vacances sont tellement aux aguets qu'ils s'étaient déplacés jusqu'en Loire-Atlantique pour échanger avec les Français. Arc-boutés sur la piste d'un rôdeur du cru, ces derniers y avaient prêté une attention polie mais sans lendemain.

Alors quand, à l'automne 2007, Pascal Cotten relit les observations de ses homologues d'outre-Rhin, une lumière s'allume. « Comme il [le prédateur recherché] avait agi en Allemagne du Nord en 1992, 1995, 1998 et 2001, ils s'attendaient à avoir un fait chez eux en 2004 [trois ans plus tard] », récapitule le gendarme aujourd'hui retraité.

Martin Ney en ligne de mire

Les limiers allemands ne poseront finalement un nom sur cette série aussi noire que métronomique qu'en 2011, avec l'interpellation de Martin Ney, lequel a reconnu trois meurtres (un autre auteur a été condamné pour celui de 2001) lui ayant valu la perpétuité en 2012. S'en est-il pris, aussi, à Jonathan Coulom ? La question va occuper de nouveaux experts en médecine légale et en nœuds, notamment.

Des experts qui sont venus déposer jeudi à la barre de la cour d'assises de la Loire-Atlantique, à Nantes, donnant bien du fil à retordre aux talentueuses interprètes, chargées de traduire les débats à l'accusé dans la langue de Goethe. Seulement, pas sûr qu'à son époque, le grand poète germanique parlait de « liquide séro-hématique », d'« infiltration hémorragique », d'« altération tissulaire » ou encore de « cartilage thyroïdien » ! Quant au volubile spécialiste des cordes, il est venu évoquer, et même effectuer, des « tours morts » et des « demi-clés » pour montrer aux jurés comment le bourreau de Jonathan l'avait ligoté en position fœtale.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Problème, puisqu'on n'a aucune photo des liens qui ont entravé l'une des jeunes victimes allemandes de Martin Ney, impossible d'établir une quelconque comparaison ! Tout juste sait-on que pour l'écolier du Cher, c'est « sans doute un droitier » qui l'a attaché, ce qui fait un indice plutôt maigre pour condamner.

Un site Internet pour relancer l'enquête

Pensé par des profileurs et la division comportementale de la gendarmerie nationale, un site Internet dédié à l'affaire est mis en ligne à la date anniversaire du meurtre, en 2008. Une première en France ayant une double vocation : rafraîchir certaines mémoires et, pourquoi pas, « attirer l'auteur » éventuel. « Nous avons eu beaucoup de connexions, et des dénonciations à vérifier », se souvient l'ancien directeur d'enquête.

C'est là, notamment, que le témoignage d'un agriculteur de Saint-Molf, près de Guérande, refait surface. Affirmant avoir vu un homme debout près d'une BMW immatriculée en Allemagne le coffre ouvert non loin d'une mare, son propos donne de la consistance à la piste étrangère. « Nous avons alors recensé tous les ressortissants allemands domiciliés ou étant passés dans le coin, pour les vacances, ou travaillant dans le bassin nazairien », récapitule Pascal Cotten. Avec les traces de retraits bancaires ou de paiements par carte bleue, cela fait « environ 15 000 personnes ».

Un dossier toujours ouvert

Le 1er août 2012, le gendarme passe à son tour la main après « une enquête hors norme par son horreur », cédant à son successeur un dossier à l'épaisseur presque quadruplée : « 19 500 pièces rédigées ». Autant d'actes, donc, et toujours pas de meurtrier formellement identifié sous les verrous pour cette affaire. L'un est toutefois dans le box des accusés depuis mardi 19 mai. S'il nie les faits, aucun élément matériel ne vient à ce jour prouver son implication, ni même sa présence sur les lieux lors de ce triste printemps 2004.