Affaire Bruel : la sérialité des violences sexuelles face à la justice
Affaire Bruel : sérialité des violences sexuelles en justice

Combien de victimes pour que la sérialité soit reconnue ?

L'affaire Patrick Bruel, avec l'accusation de viol portée par Flavie Flament, soulève une question cruciale : quand plusieurs femmes décrivent des violences similaires, la justice peut-elle encore les considérer comme des histoires distinctes ? Journaliste et plaignante dans l'affaire PPDA, Cécile Delarue estime que la prescription glissante pourrait permettre de briser l'impunité qui favorise les violences en série.

Le témoignage de Cécile Delarue

« Un criminel en série, c'est juste quelqu'un qui a eu le plaisir de le faire une fois et qui a réussi à s'en sortir. Alors pourquoi ne continuerait-il pas ? » Cette réflexion de la journaliste américaine Christine Pelisek, en 2010, a marqué Cécile Delarue. Elle enquêtait alors sur Lonnie Franklin Jr., le Grim Sleeper, arrêté après des décennies d'impunité et condamné pour le viol et le meurtre de dix femmes. De retour en France, Delarue a vu l'affaire PPDA éclater en 2021. Des dizaines de femmes ont raconté leur histoire, mais la justice a classé leurs plaintes sans suite, souvent pour cause de prescription.

Le tableau Excel des victimes

Face à l'accumulation des témoignages, les victimes ont dressé un tableau Excel : trente, cinquante, quatre-vingts, cent noms. Des détails sordides, des vies traumatisées. Toutes prescrites. Delarue a alors repensé à l'affaire du Grim Sleeper, aux familles ignorées pendant trente-cinq ans. Le même schéma se répétait : un criminel en série agissait en toute impunité.

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La prescription glissante, un espoir

En France, le principe de prescription glissante a été utilisé pour des tueurs en série comme Michel Fourniret ou Emile Louis. Il permet de relier plusieurs crimes ou agressions entre eux par un même auteur présumé ou un même mode opératoire, interrompant ainsi la prescription. Marie-Laure Delattre, amie de Delarue, a pu être entendue par un juge quarante et un ans après son viol, grâce à ce principe. L'affaire Patrick Bruel est cruciale : si d'autres victimes se manifestent et que la sérialité est démontrée, l'homme accusé pourrait comparaître devant la justice. Flavie Flament espère un procès, ce qui serait une première pour un viol en série en France.

Un système à changer

Alors que seulement 1 % des viols sont condamnés en France, les criminels en série potentiels prospèrent dans l'impunité. La reconnaissance de la sérialité est essentielle pour les victimes actuelles et futures. Il est temps que la justice française cesse de traiter les viols en série comme des faits isolés et poursuive leurs auteurs avec la même rigueur que les meurtriers en série.

Cécile Delarue est journaliste et plaignante dans l'affaire PPDA. Autrice de « Black Out, les disparues de South Central » (éd. Plein jour, 2019) et du documentaire « Johnny Depp vs Amber Heard, la justice à l'épreuve des réseaux sociaux » (2023).

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