Isabelle Adjani face à la justice : le procès en appel d'une star dépassée par ses finances
Vêtue de noir des pieds à la tête, lunettes sombres et entourée de cinq avocats, Isabelle Adjani est apparue sérieuse et tendue devant la cour d'appel du tribunal correctionnel de Paris ce 1er avril. L'actrice aux cinq Césars, accompagnée de son fils aîné Barnabé Nuytten et de quelques amis, a usé de phrases chocs pour convaincre les juges de sa bonne foi dans cette affaire de fraude fiscale et de blanchiment.
Une défense fondée sur l'ignorance et la victimisation
« On s'acharne sur moi », a déclaré l'actrice durant les débats. « Je ne savais même pas ce qu'était une entreprise offshore », a-t-elle ajouté, reconnaissant sa « phobie des papiers » administratifs. Isabelle Adjani, condamnée en décembre 2023 à deux ans de prison avec sursis et 250 000 euros d'amende, se présente comme une proie facile pour les escrocs plutôt que comme une fraudeuse avertie.
Les griefs qui pèsent contre elle sont substantiels :
- Résidence fiscale fictive au Portugal entre 2016 et 2017
- Dette fiscale de près de 240 000 euros envers l'État français
- Prêt de deux millions d'euros requalifié en don par le fisc
- Compte non déclaré aux États-Unis avec 119 000 euros d'origine douteuse
Les révélations des Panama Papers et les sociétés offshore
L'affaire remonte à 2016 lorsque le nom d'Isabelle Adjani apparaît dans les « Panama Papers ». L'actrice était actionnaire unique de Deckert Investments Limited, société enregistrée dans les îles Vierges britanniques. « Je ne comprends absolument pas de quoi il retourne », a-t-elle affirmé concernant cette structure offshore, évoquant des « raisons artistiques » et la confidentialité.
Sa défense, menée par Maître David Lepidi, conteste la régularité de la procédure. Les avocats estiment que l'origine frauduleuse des documents Panaméens - issus d'un vol selon eux - entache la procédure de nullité. Ils brandissent également un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme pour violation de la vie privée des contribuables.
Les figures troubles du passé : Warluzel et Delajoux
L'audience a révélé le rôle de plusieurs personnages clés dans la gestion chaotique des finances de l'actrice. Dominique Warluzel, son ancien avocat suisse décédé en 2022, avait monté la structure offshore Deckert ainsi que la société hongkongaise Samariti Shipping. C'est par cette dernière qu'ont transité les 119 000 euros contestés.
Stéphane Delajoux, ancien compagnon de l'actrice entre 2004 et 2009, a fait l'objet d'attaques virulentes de la part d'Isabelle Adjani. « Cet homme m'a volée, abusée, exploitée », a-t-elle déclaré à la barre, l'accusant même d'avoir « euthanasié ma mère de force ».
Un système d'escroquerie à répétition selon la défense
La stratégie de la défense repose sur l'argument qu'Isabelle Adjani a été régulièrement dépouillée par des escrocs, ce qui l'aurait empêchée de rembourser ses dettes. L'actrice a porté plainte en décembre 2025 au Luxembourg contre son ancien gestionnaire de comptes, François P.L., qu'elle accuse de lui avoir dérobé deux millions d'euros entre 2018 et 2025.
Elle l'accuse également d'exercice illégal de la profession d'avocat, celui-ci ayant transigé avec le fisc en décembre 2020 alors qu'il avait été radié du barreau de Paris cinq mois plus tôt. « Vous avez joué de malchance ! », lui a lancé l'avocat général, provoquant la réponse cinglante de l'artiste : « Ah ça, je ne vous le fais pas dire ! »
L'incapacité à gérer ses propres finances
Le moment le plus révélateur de l'audience est survenu lorsque l'avocat des finances publiques, Maître Ralph Boussier, a demandé à Isabelle Adjani le montant de ses revenus et impôts pour 2024. L'actrice a bafouillé, incapable de fournir des chiffres précis. « Ce n'est pas moi, je ne sais pas... », a-t-elle répondu, évoquant finalement un « flou artistique » selon les termes de la juge.
La défense soutient pourtant qu'Isabelle Adjani avait des rentrées d'argent importantes - environ sept millions d'euros entre 2009 et aujourd'hui - largement suffisantes pour s'acquitter de ses dettes. Elle aurait déjà remboursé 1,3 million d'euros sur le prêt contesté.
Une conclusion émouvante et des accusations d'animosité
En conclusion de l'audience, Isabelle Adjani, ses notes manuscrites à l'encre rouge en main, a dénoncé ce qu'elle perçoit comme une « animosité personnelle » de la part du procureur général. « Je suis une saltimbanque et non une banquière », a-t-elle déclaré, évoquant son parcours et l'impact du mouvement #MeToo sur sa carrière.
Un détail technique a cependant apporté une lueur d'espoir : une erreur dans sa déclaration de revenus 2024 lui offrant un dégrèvement de la moitié de l'impôt exigé, soit 321 000 euros. « L'escroc a fait une double déclaration », a confirmé Maître Lepidi, pointant une nouvelle fois du doigt le gestionnaire François P.L.
Le délibéré de cette affaire complexe, qui mêle fraude fiscale, blanchiment, sociétés offshore et allégations d'escroquerie à répétition, est attendu pour le mercredi 1er juillet. Isabelle Adjani, visiblement épuisée, a quitté l'audience en sanglotant, laissant derrière elle l'image d'une artiste dépassée par la complexité de ses propres affaires financières.



