Violences faites aux femmes : comment le commissariat de Montpellier accueille les victimes
Accueil des femmes victimes de violences au commissariat de Montpellier

Un accueil adapté pour libérer la parole des victimes

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le commissariat central de Montpellier ouvre ses portes pour présenter son dispositif d'accueil spécifique destiné aux femmes victimes de violences. "L'enjeu, c'est de libérer la parole", explique Rosine Jarlet, responsable de l'accueil du public. Pour de nombreuses femmes murées dans le silence depuis des années, parler peut parfois être plus difficile que de subir les violences elles-mêmes.

Un dispositif discret pour faciliter le dépôt de plainte

Au guichet d'accueil, un tableau innovant permet à la victime de pointer simplement du doigt le motif de sa plainte, sans avoir à énoncer les mots douloureux dans le hall public. Cette approche visuelle et discrète constitue une première étape cruciale dans le parcours judiciaire. La personne est ensuite immédiatement prise à part et entendue par un officier de police judiciaire spécialement formé pour ces situations délicates.

Une formation spécifique pour les policiers

Tous les fonctionnaires impliqués dans l'accueil des victimes suivent des formations régulières avec mises en situation, afin d'apporter la réponse la mieux adaptée à chaque cas. Le commissaire Éric Agniel, à la tête du service local de police judiciaire, insiste sur l'importance du discernement : "L'agent doit savoir identifier les situations d'urgence qui exigent l'envoi immédiat d'une patrouille autour du domicile de la plaignante."

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Un questionnaire national de 72 questions

L'entretien avec la victime s'appuie sur un questionnaire réglementé au niveau national comprenant 72 questions précises. Rosine Jarlet reconnaît que certaines interrogations peuvent heurter : "On rentre dans l'intimité des gens. Mais ces réponses aident à matérialiser les infractions et à établir clairement l'absence de consentement." Le questionnaire permet notamment de documenter la violence, la contrainte, la menace ou la surprise qui caractérisent les faits.

Priorisation des plaintes et spécialisation des équipes

Le groupe d'enquête spécialisé dans les violences intrafamiliales compte neuf policiers dédiés. Lorsque le suspect est déjà connu pour des faits antérieurs, la plainte est automatiquement priorisée. Les affaires d'agression sexuelle et de viol relèvent quant à elles du groupe "mœurs". Le commissaire Agniel souligne : "C'est important de ne pas louper le début puisque les faits sont potentiellement criminels."

Une collaboration étroite avec la justice

Le commissariat travaille en étroite collaboration avec le parquet, qui dispose d'une équipe de magistrats spécialisés dans les violences intrafamiliales. La consigne est claire : le placement en garde à vue de l'auteur présumé. Après l'ouverture d'une information judiciaire, la réponse du magistrat est graduée en fonction des éléments de l'enquête. Les mesures peuvent inclure :

  • Interdiction de paraître ou d'entrer en contact avec la victime
  • Port du bracelet anti-rapprochement
  • Attribution d'un téléphone grave danger

Un accompagnement psychologique et social

En parallèle de la procédure judiciaire, le commissariat aiguille systématiquement la plaignante vers les psychologues ou travailleurs sociaux présents sur place, rémunérés par le conseil départemental. Rosine Jarlet se souvient d'une personne venue à cinq reprises, toujours à l'heure de la pause déjeuner, avant de finalement déposer plainte. "Ça fait plaisir quand on aide la personne à retrouver sa liberté", confie-t-elle.

Des chiffres en constante augmentation

Le commissariat central de Montpellier, avec ceux de la gare, de la Mosson et de Lattes, traite environ 1 200 dossiers de violence intrafamiliale par an. Ce chiffre ne cesse de grossir depuis l'avènement du mouvement #MeToo, témoignant à la fois d'une plus grande libération de la parole et de la persistance de ces violences. Il n'existe pas de profil type de victime, même si l'alcool et la drogue restent des facteurs favorisant les passages à l'acte.

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Un message clair aux victimes

Face à cette réalité, les professionnels du commissariat de Montpellier adressent un message unanime aux potentielles victimes : "Ne pas hésiter à passer la porte du commissariat." Rosine Jarlet insiste particulièrement sur l'importance de "dire aux personnes que ce qu'elles vivent n'est pas normal, car elles sous-évaluent souvent le risque qu'elles encourent." Après le dépôt de plainte et cette première réponse pénale, vient ensuite le temps judiciaire, mais la première étape reste celle de la prise de conscience et du courage de porter plainte.