Affaire libyenne : 7 ans requis contre Nicolas Sarkozy en appel
7 ans requis contre Sarkozy dans l'affaire libyenne

Au terme d'un réquisitoire fleuve de trois jours, les trois avocats généraux ont dévoilé les peines requises contre les onze prévenus rejugés depuis le 16 mars devant la cour d'appel de Paris dans l'affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Ce mercredi 13 mai, en fin de journée, l'accusation a présenté une « facture » salée.

Nicolas Sarkozy : sept ans de prison requis

Contre Nicolas Sarkozy, l'accusation requiert sept ans d'emprisonnement, 300 000 euros d'amende et l'interdiction des droits civiques, sans mandat de dépôt. L'avocat général Rodolphe Juy-Birman a insisté : « Redevenu simple citoyen, Nicolas Sarkozy doit être traité comme n'importe qui. » Il a qualifié l'ancien président d'« instigateur, celui qui tire les ficelles, fédère autour de sa personne l'association de malfaiteurs en s'exposant le moins possible », dénonçant « la dangerosité de son comportement » qui a « troublé gravement l'ordre public ».

En première instance, le Parquet national financier avait requis la même peine, et Nicolas Sarkozy avait été condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, avec un mandat de dépôt à effet différé. Il avait été incarcéré le 21 octobre 2025 avant d'être remis en liberté. Les avocats généraux souhaitent désormais le voir condamné également pour corruption passive, recel de détournement de fonds publics et infractions électorales, pour lesquels il avait été relaxé en première instance. Si la cour suit ces réquisitions, une nouvelle incarcération est possible, mais un pourvoi en cassation pourrait être suspensif. Âgé de 71 ans, Sarkozy pourrait bénéficier d'une libération conditionnelle immédiate en vertu de la loi Dati de 2009.

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Claude Guéant : six ans de prison et confiscation

Contre Claude Guéant, 81 ans et dispensé d'audience pour raison médicale, six ans de prison, 100 000 euros d'amende et la confiscation de son appartement du 16e arrondissement sont requis. L'avocat général a dénoncé un homme qui, « après une carrière exemplaire, [...] ne retient plus aucune barrière morale, jusqu'à flirter avec un terroriste étranger et à s'enrichir éhontément ». Guéant est accusé d'avoir participé à l'organisation du financement libyen, d'avoir perçu 500 000 euros d'Alexandre Djouhri et d'avoir utilisé de faux documents pour une vente fictive de tableaux. En première instance, il avait été condamné à six ans de prison avec confiscation de l'usufruit de son appartement.

Brice Hortefeux : quatre ans requis

L'ancien ministre Brice Hortefeux, ami fidèle de Nicolas Sarkozy, est rejugé pour association de malfaiteurs et complicité de financement illégal de campagne. Le parquet général requiert quatre ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, la partie ferme pouvant être aménagée sous surveillance électronique, ainsi qu'une amende de 50 000 euros. En première instance, il avait été condamné à deux ans de prison aménageables.

Alexandre Djouhri : six ans et quatre millions d'amende

Qualifié de « stakhanoviste de la corruption », Alexandre Djouhri se voit réclamer six ans de prison et quatre millions d'euros d'amende, avec mandat de dépôt. L'affairiste franco-algérien est accusé d'avoir été un intermédiaire occulte entre les autorités libyennes et l'entourage de Sarkozy, d'avoir versé 500 000 euros à Guéant et d'avoir blanchi des fonds via des montages complexes. En première instance, il avait été condamné à six ans de prison avec mandat de dépôt, mais libéré après deux demandes de mise en liberté.

Bechir Saleh : six ans de prison ferme

Contre Bechir Saleh Al Sharghawi, « grand absent du dossier », six ans de prison ferme et quatre millions d'euros d'amende sont requis. L'ancien directeur du fonds souverain libyen LAP est accusé d'avoir accepté la prise en charge de ses frais de séjour à l'hôtel Ritz pour faire acquérir la villa de Mougins à un prix surévalué. En fuite, il est visé par un mandat d'arrêt.

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Wahib Nacer : quatre ans de prison ferme

L'ex-banquier suisse Wahib Nacer, 81 ans, est soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire financier pour blanchir des fonds au profit de Claude Guéant. Quatre ans de prison ferme et deux millions d'euros d'amende sont requis. Il avait été condamné en première instance à quatre ans de prison avec mandat de dépôt, mais a été remis en liberté après un mois.

Les autres prévenus

  • Khalid Ali Bugshan : quatre ans de prison avec sursis et quatre millions d'euros d'amende. En fuite, il est visé par un mandat d'arrêt.
  • Thierry Gaubert : deux ans de prison ferme aménageable sous bracelet électronique et 150 000 euros d'amende. Relaxé en première instance.
  • Éric Woerth : dix mois de prison avec sursis et 3 000 euros d'amende. Relaxé en première instance.
  • Édouard Ullmo : trois ans avec sursis et 150 000 euros d'amende. Relaxé en première instance.

L'action publique a été éteinte contre Ziad Takieddine, décédé le 23 septembre 2025. Les avocats de Nicolas Sarkozy plaideront le 27 mai en faveur de la relaxe.