Un projet innovant d'accès à la mer menacé par l'absence de place portuaire
Au Grau-du-Roi, dans le Gard, le couple Mélanie Guérin et Hugo Nivelle, tous deux dans la vingtaine, a lancé en 2024 une entreprise unique en son genre : Sea & Sun Location. Cette société spécialisée dans la location de bateaux pontons sans permis se distingue par son engagement en faveur de l'accessibilité, proposant notamment un bateau adapté aux personnes à mobilité réduite, une première sur la côte méditerranéenne.
Un succès immédiat mais une situation administrative bloquée
Malgré un investissement personnel conséquent et un concept immédiatement plébiscité, avec des réservations complètes durant les deux dernières saisons, l'avenir de Sea & Sun Location est aujourd'hui gravement compromis. "Malgré deux années de démarches, de demandes et de tentatives de dialogue, nous n'avons jamais pu obtenir une place sur le port de Port Camargue en tant que professionnels", déplore le couple. L'activité commerciale ne leur permettant pas de sous-louer un emplacement, ils se retrouvent dans une impasse totale.
Les clients, souvent venus de loin, témoignent de l'importance de ce service : "C'est fabuleux de pouvoir naviguer malgré le fauteuil roulant, être au gouvernail et pouvoir balader sa famille en mer : ça n'a pas de prix", confiaient-ils. Cette initiative répondait à un réel besoin d'inclusion et de loisirs accessibles.
Les arguments du port face à un dilemme administratif
Frédéric Paulet, directeur du port de Port Camargue, explique la situation par une question de procédure. "La société Sea & Sun a acquis son bateau avant de solliciter une autorisation de l'exploiter ou de demander une place de port, et ne pas avoir fait les choses dans l'ordre est ce qui les pénalise aujourd'hui", affirme-t-il. Il précise que, face à l'évolution du cadre juridique imposant une procédure de sélection préalable, la Régie a choisi d'aligner l'ensemble des échéances des titres d'occupation professionnelle.
Cela signifie le lancement d'une consultation globale en 2026 pour de nouveaux contrats en 2027, une temporalité qui ne correspond pas aux besoins immédiats de l'entreprise. Cette rigidité administrative met en lumière les difficultés rencontrées par les jeunes entrepreneurs innovants face à des structures portuaires parfois peu flexibles.
Une issue incertaine et des conséquences concrètes
Dans l'immédiat, Mélanie et Hugo se retrouvent contraints de prendre des décisions drastiques. Pour rembourser leur prêt et diminuer les charges de leur société, ils doivent vendre leur bateau adapté d'ici deux mois et trouver une solution pour la saison en cours. Cette situation menace non seulement leur projet entrepreneurial, mais aussi l'accès à la mer pour de nombreuses personnes handicapées qui comptaient sur ce service unique.
Un dernier espoir réside peut-être dans l'élection récente de Charly Crespe à la mairie. Lors de sa campagne, le nouveau maire s'est engagé à "examiner avec attention les situations individuelles bloquées, en y apportant un regard neuf, débloquer les tensions et trouver des issues avec bon sens et respect, en combinant pragmatisme et écoute". Reste à savoir si cette promesse se concrétisera à temps pour sauver Sea & Sun Location.
Cette affaire soulève des questions plus larges sur l'accessibilité des loisirs nautiques, le soutien aux initiatives inclusives et l'adaptation des administrations portuaires aux projets innovants. La possible disparition de ce service laisse un vide dans l'offre de loisirs accessibles sur la côte méditerranéenne et interroge sur la capacité des territoires à accompagner les entrepreneurs sociaux.



