Api, 14 mois, entame sa formation de chien guide à Montpellier
Dans le quartier du Millénaire à Montpellier, une école de chiens guides unique en Languedoc-Roussillon accueille son second pensionnaire. Api, un Aldeutcher Shaferhunde de 14 mois, pesant quarante kilos de poils et de muscles, débute un parcours exigeant de six à huit mois. Cette race ancienne de Berger Allemand doit acquérir tous les codes pour devenir chien guide d'aveugles et d'assistance, sous la houlette de l'association France Défi Vision.
Une formation rigoureuse pour un certificat d'aptitude
Marie, directrice technique et éducatrice canine spécialisée, supervise la formation d'Api et de Vasco, un Golden retriever arrivé en janvier. "La plupart des chiens formés à l'assistance sont des labradors ou des bergers. Ils sont sélectionnés pour leur taille, leur caractère et leurs facultés à assimiler les ordres rapidement", explique-t-elle. L'objectif est d'apprendre aux animaux à évoluer dans un environnement urbain et à réagir à une cinquantaine d'ordres, mêlant obéissance, guidage et recherche utile.
Au terme d'un examen d'une heure en situation réelle, les chiens peuvent obtenir leur Certificat d'aptitude à guider. "Ce n'est qu'à partir de ce moment-là qu'ils sont aptes à être confiés à une personne en situation de handicap, après une phase de découverte et de formation de son nouveau maître", précise Marie. Ces chiens travaillent ensuite en moyenne huit ans avant la retraite, une tâche quotidienne très exigeante et fatigante.
Une école née d'un constat alarmant
L'idée de cette école est venue d'un constat simple. Pour un Montpelliérain souhaitant bénéficier d'un chien guide, l'attente est d'au moins deux ans. Les seules structures du sud de France étaient à Aix-en-Provence et Toulouse. Thierry Jammes, président de France Défi Vision, souligne : "Nous avons décidé d'en implanter une ici, dans des locaux mis à disposition par la Ville." Dès l'annonce de l'ouverture, plus de cinquante candidatures ont été reçues pour héberger les chiens en familles d'accueil.
Thierry Jammes insiste sur l'importance des chiens guides : "Ce sont nos yeux, ni plus ni moins. Il faut une confiance totale pour abandonner sa canne de guidage et s'en remettre au chien. Lorsque la relation fonctionne, tout devient fluide. Ces animaux interprètent l'environnement et vous protègent du danger. Notre vie est au bout du harnais…"
Le processus de sélection et la vie quotidienne
La demande pour un chien guide se fait auprès de l'association, qui crée ensuite un binôme par une rencontre. "On ne sait pas encore à qui seront confiés Api et Vasco. Nous devons étudier leur caractère. Mais les futurs maîtres passent aussi un entretien avec un psychologue. In fine, c'est souvent le maître qui doit être à la hauteur du chien !", explique Thierry Jammes.
Chaque jour, Marie multiplie les exercices dans le parc d'apprentissage ou en ville. L'équipement est crucial : un harnais siglé "chien guide d'aveugle, je suis en service", surmonté d'un guidon rigide. "Avant de le mettre, c'est un chien au comportement classique. À partir du moment où il l'enfile, il entre en phase de travail. Dès lors, il ne doit plus interagir avec les humains ou les autres chiens. Il est concentré sur sa mission. C'est pourquoi il ne faut jamais tenter de caresser un chien guide ou d'assistance", précise Marie.
Des héros du quotidien aux capacités impressionnantes
À la fin de sa formation, Api devra anticiper les obstacles, dégager un couloir d'une soixantaine de centimètres autour de son maître, et même se coucher en travers de sa route en cas de danger immédiat. Bien qu'il ne soit pas un GPS, le chien guide peut enregistrer des itinéraires, trouver un siège vide, repérer les passages piétons ou les boîtes aux lettres. "Ce sont de vrais héros du quotidien, qui changent totalement la vie des personnes en situation de handicap visuel", conclut Marie.
Un troisième pensionnaire est attendu courant mars, renforçant ainsi l'offre de cette école pionnière à Montpellier, qui répond à un besoin criant dans la région.



