Le désarroi des parents face à la montée du masculinisme chez les jeunes garçons
La montée inquiétante du masculinisme parmi les plus jeunes, solidement confirmée par un récent rapport officiel, engendre désormais des tensions nouvelles et douloureuses au sein des familles françaises. Confrontés à des garçons souvent radicalisés via les espaces numériques du Web, de nombreuses mères et sœurs se retrouvent prises pour cible, subissant une souffrance palpable. Les pères, quant à eux, se sentent fréquemment déboussolés et démunis face à cette évolution.
Une violence verbale qui frappe au cœur du foyer
« C'est n'importe quoi, cette Miss France ! Une femme aux cheveux courts, c'est pas une femme ! » Cette déclaration cinglante a glacé l'atmosphère du repas familial et pétrifié Marie. Prononcée par son fils Arnaud, âgé de seulement 13 ans, en décembre 2023, elle résonne comme un symptôme alarmant. L'élection d'Eve Gilles, suivie d'une vague de cyberharcèlement, servait de prétexte à cet éclat.
Autour de la table se trouvaient Marie, 41 ans, restauratrice dans le Midi, sa fille Julie, 17 ans, Arnaud, et Céline, la compagne de Marie. Un détail rendait la remarque particulièrement cruelle : Céline, très proche des enfants, porte elle-même les cheveux courts. « C'était très violent pour elle », se souvient Marie, dont la colère a cette fois-ci débordé. « Je suis montée au créneau en lui disant que ce n'était pas possible. C'est à l'opposé de l'éducation que je lui ai donnée. À l'opposé de l'enfant qu'il était encore quelques mois plus tôt… »
Des chiffres qui confirment une tendance sociétale préoccupante
Le dernier « Rapport annuel sur l'état des lieux du sexisme en France », publié en janvier par le Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes, dresse un constat sans appel. Le masculinisme progresse dans toutes les couches de la société. On y apprend notamment que 23 % des hommes de plus de 15 ans adhèrent au « sexisme hostile », défini comme une forme violente incluant des attitudes agressives ou dévalorisantes envers les femmes.
Le fossé générationnel et genré est particulièrement marqué chez les 15-24 ans. Le baromètre du sexisme révèle que 81 % des jeunes femmes de cette tranche d'âge estiment qu'il est « désavantageux d'être une femme dans la société actuelle », contre seulement 57 % des jeunes hommes. Parallèlement, 23 % des jeunes hommes pensent qu'il est désavantageux d'être un homme, un sentiment partagé par seulement 10 % des jeunes femmes.
Un phénomène qui dépasse largement le cadre de la jeunesse
Le rapport insiste sur un point crucial : la progression du sexisme ne concerne pas uniquement la jeunesse. Une forme de banalisation semble s'opérer avec l'âge, le problème étant perçu comme moins prégnant socialement par les générations plus âgées. « Certains ados sont peut-être perdus, mais les hommes de 40-50 ans ne sont pas plus doués quand il s'agit de la sphère intime et affective », souligne Aziga Billot, psychiatre à Toulouse et chercheuse au Centre de ressources en santé mentale pour la prévention des processus de radicalités violentes d'Occitanie.
Cette crise silencieuse au sein des foyers met en lumière le décalage entre les valeurs d'égalité prônées par certains parents et l'influence massive des discours masculinistes en ligne. Elle pose des questions fondamentales sur l'éducation, la transmission des valeurs et la manière de contrer une radicalisation qui trouve désormais un terreau fertile dans l'intimité des familles.



