Éduquer un garçon : un défi face aux stéréotypes de genre
Éduquer un garçon : un défi face aux stéréotypes

Comment éduque-t-on nos petits garçons ? Que pouvons-nous leur transmettre ? Et comment les aider à devenir des hommes sains et équilibrés ? C'est tout l'objet du livre Avoir un fils, publié récemment chez Solar, dirigé par la journaliste Camille Abbey. Après Mères sans filtres et De mères en filles, elle s'est intéressée aux enjeux qui entourent l'éducation de nos garçons, qui peut s'apparenter à une lutte « contre un courant puissant ».

« Dès la toute petite enfance, ils sont confrontés à pas mal de stéréotypes de genre, des injonctions à la virilité qui commencent dès la maternelle, sur comment doit être un garçon ou une fille. On les empêche aussi d'exprimer leurs émotions, leurs faiblesses, leurs vulnérabilités. Et ça peut être assez dangereux, créer de la violence, de la frustration, pour lequel personne n'est gagnant. »

Dans cet ouvrage, Camille Abbey donne la parole à 9 auteurs et autrices aux profils et histoires différentes : la journaliste Cécile Delarue, l'humoriste Guigui Pop, le réalisateur Laurent Metterie ou encore la productrice d'Etre et savoir sur France Inter Louise Tourret. Neuf récits intimes sur leurs craintes et leurs espoirs de parents, mais aussi leur rapport à la masculinité, qui dessinent les défis multiples et parfois vertigineux d'avoir un fils.

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La menace masculiniste

« Elever un garçon, c'est affronter une double responsabilité : le protéger, bien sûr, mais aussi l'empêcher de devenir auteur de violences - car ce sont majoritairement les hommes qui les commettent », écrit Camille Abbey. Et parmi les menaces qui planent au-dessus des enfants, il y a le danger du masculinisme, considéré comme « un enjeu de sécurité publique » par le Haut conseil à l'Egalité.

« Je pense qu'il faut agir dès le plus jeune âge, déjà avec la lutte contre les stéréotypes de genre, estime la journaliste. Ensuite, l'adolescence est un terreau assez propice à ces théories parce que c'est un moment de bouleversement intense à plein de niveaux, que ce soit sur le corps, l'esprit, les hormones, etc. Il y a un certain mal-être un peu inhérent à cette période de la vie et les masculinistes s'y engouffrent en donnant des coupables et en désignant les femmes. »

Elle met en avant l'importance de la mixité. « Des études montrent que dès l'âge de 7 ans, les garçons invitent des garçons et les filles invitent dès filles, lors d'un anniversaire, par exemple, alors qu'ils sont mixtes auparavant. Ça commence à créer une petite barrière qui n'est pas très favorable à la compréhension mutuelle. »

Les pères comme modèles

« Je voudrais te donner ce que le T-800 ne pouvait pas avoir dans Terminator 2 : le droit de pleurer sans que cela annule sa force », écrit dans Avoir un fils Stéphane Jourdain, auteur notamment de L'Arnaque des nouveaux pères (Glénat). Car s'il y a bien une chose que l'on a longtemps apprise aux petits garçons, c'est de réprimer leurs émotions, à travers des remarques redoutables comme des « ne pleure pas comme une fille ».

Or, apprendre à identifier et gérer ses émotions est primordial pour les enfants, tout comme l'apprentissage du consentement, autant de notions au cœur de l'éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR), enseignée dès la maternelle. Il y a aussi tout l'enjeu de développer chez nos fils l'empathie ou encore l'importance de prendre soin des autres.

« Mes livres précédents étaient très utiles, mais on s'adressait quand même surtout aux mères, déjà sans doute féministes. Mais c'est aussi important d'impliquer les pères parce que ce sont un peu les premiers modèles pour les garçons, estime Camille Abbey. S'ils voient qu'ils ne sont pas impliqués dans les tâches domestiques ou dans le soin des enfants, ils n'auront pas forcément de modèle auquel se raccrocher. Je pense que la première chose est que les hommes prennent à bras-le-corps tout ça. Il faut qu'ils soient embarqués avec nous. »

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Mille façons d'être un homme

« Etre père, au fond, c'est transmettre non pas les valeurs de la masculinité mais des capacités à s'inventer, et montrer qu'il y a d'infinies manières d'être un garçon, puis un homme », souligne l'auteur Martin Page. Et pour cela, il faut lutter contre des injonctions profondément ancrées.

« Il y a toute une panoplie de la virilité qu'on essaie d'inculquer aux garçons dès le plus jeune âge : être fort, se battre, être impavide, ne pas montrer ses faiblesses, cacher ses émotions... Si les auteurs du livre parlent de ces injonctions, c'est parce que ça blesse, observe Camille Abbey. Il y a très peu de garçons qui se reconnaissent et s'épanouissent là-dedans, je pense que pas mal se forcent à faire ça. »

C'est le cas du journaliste Paul Sanfourche qui raconte comment il a pratiqué le rugby pendant des années et arboré la panoplie du mec viril, luttant contre lui-même. « Il explique s'être rapidement rendu compte que ça ne lui convenait pas, mais il continuait quand même. Et puis un jour, il dit avoir mis des lunettes féministes et avoir enfin accepté que ce n'était pas lui. Une sorte de libération s'est opérée », résume Camille Abbey.

Un enjeu sociétal

Elever un enfant n'est pas qu'un défi individuel et familial. C'est aussi un véritable enjeu sociétal. « Il faut que la société éduque NOS fils avec nous – parce qu'on ne s'en sortira pas toutes seules, nous les mères féministes, pour changer les hommes et mettre à bas les rapports de domination, même avec les meilleurs fils du monde », écrit ainsi la productrice et journaliste Louise Tourret.

« L'idée est aussi de créer des collectifs, se rassembler entre parents, d'essayer de faire changer les choses peut-être à des instances un peu plus hautes que juste la cellule familiale », commente de son côté Camille Abbey. A la clé, une société plus égalitaire, pour les femmes comme pour les hommes, les grands comme les petits.