Un vol qui cache un réseau
Un Moldave de 23 ans est suspecté de faire partie d’un réseau organisé. Ses empreintes ont été retrouvées dans d’autres vols commis à travers tout le pays. Il a été jugé mardi 12 mai pour le vol de 52 déodorants, sept sent-bon, six packs de lessive, quatre paires de chaussettes, deux paires de lacets, un lubrifiant pour bricolage et un sac de voyage. La liste des biens dérobés, mercredi 6 mai 2026, dans un magasin Action d’Aire-sur-l’Adour pourrait prêter à sourire. Serions-nous face à un ayatollah des aisselles parfumées ? La réalité est toute autre et tient au courage d’une femme : la gérante du magasin victime du vol.
Le courage de la gérante
Deux hommes viennent de remplir à ras bord un sac de courses. Ils déclenchent l’alarme de sécurité en se carapatant par la sortie de secours. La responsable appelle la gendarmerie et décide de les suivre discrètement pour permettre aux forces de l’ordre de les localiser. Seul un des deux pillards est interpellé.
Dix vols répertoriés
Mardi 12 mai 2026, devant les juges Montois, ce Moldave de 23 ans joue les perdreaux de l’année et a l’attitude d’un lapin pris dans les phares. Son visage juvénile et ses yeux bleu glacé tranchent avec ce dont il est accusé. « De prime abord, on pense à un simple vol à l’étalage. Mais, les gendarmes poussent leurs investigations, détaille Alexa Dubourg, procureur de la République de Mont-de-Marsan. Son signalement est envoyé aux départements limitrophes. » Bingo. Le Moldave au regard d’acier a frappé la veille dans un magasin Action dans le Gers. Même mode opératoire. Mêmes produits d’hygiène dérobés. Mieux, ses empreintes sont entrées dans la base de données nationale et « matchent » avec une dizaine de vols répertoriés à travers la France. « Attention, on parle de signalements, il n’a pas été condamné pour ces faits », tient à nuancer son conseil Me Julien Chauvin.
Crime organisé
Si seuls les vols d’Aire-sur-l’Adour et de Mirande (32) lui sont reprochés par la juridiction montoise, ces rapprochements colorent le dossier et laissent entrevoir la mainmise du crime organisé. Via l’interprète, il confirme : « Dans une boucle WhatsApp, un certain Vadim nous envoie le point GPS du magasin où l’on doit voler. Une voiture nous dépose à deux à environ 1 kilomètre de l’entrée. On finit à pied. On vole et le chauffeur passe nous récupérer. »
« Je suis sous leur emprise. Ils me menacent. Ils me font prendre de la prégabaline », ajoute-t-il. Quid de la marchandise ? « Elle est envoyée en Ukraine via une filière d’écoulement. » La petite main moldave tente bien de coopérer tout en évitant de trahir ses commanditaires qui font pression. « Je suis sous leur emprise. Ils me menacent. Ils me font prendre de la prégabaline, pour me donner du courage, couper la faim. »
Antécédents et condamnation
En septembre 2025, il a été condamné au Puy-en-Velay (43) à huit mois de prison pour vol et a écopé d’une interdiction du territoire pendant dix ans. Il se justifie : « Je suis revenu pour travailler légalement car ma mère a besoin d’une opération du cœur. On doit trouver de l’argent pour payer le chirurgien. Je suis désolé, laissez-moi repartir en Moldavie, mon fils de 3 ans m’y attend. » Il est condamné à huit mois de prison ferme, quatre de moins que ce qui avait été requis. Son interdiction du territoire français est en revanche définitive.



