Depuis 2022, Anastasiia Mikusevych, violoniste ukrainienne réfugiée en France, anime chaque été le port de Saint-Tropez. Elle s'y produit régulièrement sur le quai Gabriel-Péri, où elle joue pour les passants, mais aussi dans les hôtels, restaurants et événements privés.
Un premier contact avec Saint-Tropez
Anastasiia Mikusevych, 35 ans, est arrivée à Saint-Tropez en 2022 avec sa mère et ses deux fils, fuyant la guerre en Ukraine. « J'ai commencé dans la rue car je suis venue sans argent et j'avais besoin de nourrir ma famille », témoigne-t-elle. Elle a choisi la France en précipitation, rêvant d'amener ses enfants à la mer. « J'ai pris ma voiture, mes deux violons et mes enfants. Je ne savais pas vraiment où aller, mais je rêvais de les amener à la mer. Je me suis alors demandé où elle était la plus belle », se souvient-elle. La Méditerranée s'est imposée.
Après un premier temps à Fréjus, elle y rencontre l'ancien maire de Ramatuelle, Roland Bruno, lors d'une prestation. « Ça lui a plu, et il m'a invitée à jouer pour un festival. Il m'a aussi proposé un hébergement appartenant à la ville », raconte l'Ukrainienne. Ce nouveau départ a été difficile pour ses enfants : « J'ai inscrit le plus jeune à l'école, et l'aîné au collège de Saint-Tropez. Pour eux, ça a été très dur. Ils n'avaient pas beaucoup d'amis, se sentaient seuls. Ils m'ont dit qu'ils préféraient vivre sous les bombes plutôt qu'ici. »
Un retour à Kiev, mais des étés à Saint-Tropez
Au bout d'un an, Anastasiia est retournée vivre à Kiev auprès de son mari, mais elle n'a pas abandonné Saint-Tropez. « En une année, les demandes se sont multipliées et je me suis créé tout un réseau, confie la violoniste. Je reviens donc chaque été pour travailler. C'est déjà le cinquième ! » Elle loge depuis trois saisons à Cogolin et continue de jouer sur le port de Saint-Tropez sur son temps libre, où elle se sent bien : « Presque partout, je me sens comme un chien quand je joue dehors, sauf ici. Je n'ai pas choisi Saint-Tropez, c'est Saint-Tropez qui m'a choisie... Les habitants ont demandé aux policiers de me laisser jouer. Maintenant, ils me connaissent bien ! »
Une vie entre deux pays
Son activité saisonnière lui permet de vivre le reste de l'année à Kiev, mais elle se produit aussi à l'étranger. « C'est compliqué parce qu'à cause des bombardements, il faut prendre le bus ou le train pour voyager ensuite depuis la Pologne, note-t-elle. On fait cinq jours de trajet en moyenne, pour une seule prestation. » Un rythme de vie effréné devenu normal en temps de guerre. « Physiquement c'est dur, mais on a la chance d'être encore en vie. Nos voisins ont été mortellement touchés. Dans ma rue, il y a des bombardements toutes les nuits, témoigne-t-elle. Mes enfants n'ont pas peur. Moi, je fais des crises de panique dès que ça reprend. »
La musique est son échappatoire : « Je ne changerais pour rien au monde, je ferais une dépression ! » Pourtant, la musique n'a pas été un choix : « Ma mère et ma grand-mère ont toutes deux baigné dedans, et m'ont inscrite dans une école spécialisée dès l'âge de six ans. » Talentueuse et dotée de l'oreille absolue, elle a commencé par la musique classique avant de se diversifier dans la pop. Elle a joué dans des grands ensembles ukrainiens comme l'orchestre de l'Armée de force, et se produit désormais entre l'Ukraine et le sud de la France. Anastasiia Mikusevych continuera de valser entre son pays d'origine et sa terre d'adoption.



