Dans un rapport publié ce jeudi 9 juillet, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, dénonce des violences systémiques pratiquées contre les détenus à la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne). Selon elle, ces pratiques constituent des traitements inhumains et dégradants, en violation des droits fondamentaux.
Des pratiques illégales généralisées
Le rapport de la CGLPL, fruit de plusieurs inspections menées entre 2023 et 2025, met en lumière des fouilles intégrales systématiques et des punitions collectives infligées aux prisonniers. Dominique Simonnot affirme que "ces méthodes sont utilisées de manière routinière, sans fondement légal, et visent à humilier et à briser la résistance des détenus".
Les inspecteurs ont également relevé des menaces et insultes répétées de la part du personnel pénitentiaire, ainsi que des retards dans les soins médicaux. Un détenu témoigne : "On nous traite comme des animaux. Les surveillants nous disent qu'on ne mérite pas d'être soignés."
Un établissement sous tension
La prison de Condé-sur-Sarthe, qui accueille des détenus condamnés pour des faits de terrorisme ou de grande criminalité, est régulièrement pointée du doigt pour sa gestion sécuritaire excessive. En 2024, une mutinerie avait éclaté, faisant plusieurs blessés. Depuis, les conditions de détention se sont encore durcies.
Selon le rapport, 80 % des détenus interrogés ont déclaré avoir subi au moins une forme de violence psychologique ou physique de la part du personnel. La CGLPL estime que "ces chiffres révèlent un système carcéral qui a perdu de vue sa mission de réinsertion".
Des recommandations ignorées
La contrôleure générale rappelle que plusieurs recommandations formulées dès 2023 n'ont pas été suivies d'effets. Elle demande notamment la mise en place d'un mécanisme de signalement indépendant pour les violences, la formation obligatoire du personnel aux droits des détenus, et la réduction des fouilles intégrales.
Le ministère de la Justice, interrogé, a indiqué que "des mesures correctives sont en cours d'étude" et que "des enquêtes internes ont été ouvertes". Toutefois, Dominique Simonnot juge ces réponses insuffisantes : "On ne peut pas se contenter d'étudier des mesures quand des vies sont en jeu. Il faut des actes concrets et immédiats."
Une situation qui interpelle
Ce rapport intervient dans un contexte de surpopulation carcérale et de crise du système pénitentiaire français. Les associations de défense des droits des prisonniers, comme l'Observatoire international des prisons (OIP), appellent à une réforme en profondeur. Selon l'OIP, "Condé-sur-Sarthe n'est que la partie émergée de l'iceberg. Des pratiques similaires existent dans de nombreux établissements."
La CGLPL prévoit de saisir la Défenseure des droits pour que des sanctions soient prises. Dominique Simonnot conclut : "Il est temps que la France cesse de fermer les yeux sur les violences carcérales. La dignité des détenus n'est pas négociable."



