La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié un rapport accablant à la suite d’une inspection menée du 4 au 7 mai 2026 à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne). L’équipe de six contrôleurs a mis au jour des « violences systémiques » perpétrées par des membres du personnel pénitentiaire, en particulier au sein du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), un espace ultra-sécurisé de 40 places créé à l’automne 2025 dans le cadre de la loi contre le narcotrafic. Au moment de la visite, 38 détenus y étaient incarcérés.
Des pratiques humiliantes et brutales au quotidien
Le rapport décrit un système carcéral fondé sur des brimades, des violences et des abus de pouvoir. Les agents du QLCO, du quartier d’isolement et de l’équipe locale de sécurité pénitentiaire (ELSP) portent en permanence des cagoules, empêchant les détenus d’identifier les fautifs et créant un « sentiment d’impunité ». Les fouilles sont qualifiées d’« humiliantes ou brutales », avec des attouchements aux fesses et aux parties génitales. « Dès 7 h 00, la prise de service peut s’accompagner de cris dans les coursives, de coups portés dans les portes, d’interpellations agressives ou d’insultes », précise le document. La nuit, des contrôles à l’œilleton servent de prétexte à des réveils forcés par allumage de la lumière ou coups de pied dans les portes.
Des témoignages concordants sur des pratiques dégradantes
Plusieurs témoignages rapportent une pratique consistant à placer les repas dans une corbeille tenue en hauteur, obligeant le détenu à s’en saisir sans toucher la corbeille, sous peine de se voir priver de nourriture et de subir des violences. La CGLPL estime que ces faits « portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues » et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit la torture. Elle exige que ces pratiques « cessent immédiatement » et demande une inspection pour clarifier les responsabilités et prévenir leur réitération.
La réponse du ministre de la Justice
Dans une lettre adressée à Dominique Simonnot, contrôleure générale, et dont l’AFP a eu connaissance, le garde des Sceaux Gérald Darmanin affirme qu’« à ce jour, aucun référé-liberté, aucun recours pour conditions indignes de détention, ni aucune plainte pénale » n’a permis de constater une atteinte avérée aux droits fondamentaux. Il assure du respect des « exigences légales, éthiques et sécuritaires » au sein du QLCO et annonce une mission de contrôle interne et d’évaluation de la doctrine relative aux QLCO, avec un déplacement à Condé-sur-Sarthe « dès l’été 2026 ».
Une enquête en cours pour violences
Ces révélations interviennent alors qu’une enquête est « en cours » pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique, après la plainte de six détenus de Condé-sur-Sarthe, selon la procureure d’Alençon Gwenaelle Coto. Les plaignants accusent la direction et les équipes de l’établissement de chercher volontairement à « humilier » et « déshumaniser » les incarcérés du QLCO pour briser leur résistance, comme l’a rapporté l’AFP début juin.



