Le scandale des violences sexuelles paralyse la campagne municipale parisienne
Alors que la bataille pour l'Hôtel de Ville de Paris bat son plein, un sujet sombre et douloureux s'est imposé au cœur des débats : les violences sexuelles dans le périscolaire. Ce scandale, qui toucherait des dizaines d'enfants, éclipse les thèmes traditionnels de campagne comme la sécurité ou le logement, plongeant les familles dans un profond désarroi.
Un collectif de parents alerte sur l'ampleur du phénomène
Élisabeth Guthmann, cofondatrice du collectif SOS périscolaire, ne mâche pas ses mots. « Le nombre de plaintes dans tout Paris doit être gigantesque », affirme-t-elle. Son collectif, qui centralise les signalements depuis quatre ans, vient d'interpeller directement le président de la République, Emmanuel Macron. Dans un courrier, il dénonce des « failles systémiques » et alerte sur l'émergence de nouveaux cas de violences « chaque semaine ».
Le périmètre est vaste : environ 100 000 élèves sont accueillis dans les structures périscolaires parisiennes. Un courrier du 19 février, signé par quelque 250 parents dont les enfants ont fréquenté l'école Saint-Dominique dans le VIIe arrondissement, estime à « plusieurs dizaines, possiblement plus de trente » le nombre de plaintes pour agression sexuelle ou viol déposées au sein de cette seule école.
Les candidats sous le feu des critiques croisées
Le candidat de la majorité sortante, Emmanuel Grégoire, est particulièrement visé. « Il y a eu des manquements, a posteriori j'aurais dû plus m'occuper de ce sujet », a-t-il reconnu à la mi-février, révélant au passage avoir lui-même été victime de violences. Il a annoncé un plan de lutte en novembre, avec des suspensions d'agents désormais « immédiates ». Mais il estime que ces manquements doivent être « partagés », pointant du doigt sa principale adversaire.
Rachida Dati, candidate de la droite, dénonce régulièrement une « omerta » et un « déni » de l'exécutif sortant. Sur la plateforme X, elle a tenu son adversaire pour responsable du « recrutement de pédocriminels ». Elle exige la liste des animateurs déplacés ou suspendus. Cependant, certains parents lui reprochent, ainsi qu'à sa collaboratrice Emmanuelle Dauvergne, d'avoir tenté de passer sous silence une plainte déposée au printemps 2025 pour violences à Saint-Dominique, ce que cette dernière dément.
Pierre-Yves Bournazel, candidat du centre droit, qualifie la situation de « honte » et assure qu'il « aurait démissionné » s'il avait été maire. L'avocat Me Florian Lastelle, qui représente 80 familles, résume l'urgence : « L'urgence absolue, c'est la sécurité des enfants. Or, aujourd'hui, il n'y a aucune garantie que les enfants le soient. » Il déplore l'absence de réponse à ses courriers demandant des clarifications sur les suspensions et les modes de recrutement.
Le désarroi et la colère des parents face à l'inaction
Le sentiment dominant parmi les parents est un mélange d'abandon et de colère. Karine, une maman dont l'enfant a été victime, exprime une profonde amertume : « J'ai l'impression qu'on nous a pris notre enfant pour nous dire 'On en a fait une victime et maintenant, débrouillez-vous'. » Malgré la mise en place d'une ligne d'écoute psychologique par la Ville, elle se sent livrée à elle-même.
Elle regrette aussi une « instrumentalisation politique » du sujet. « Aucun candidat ne prend vraiment la mesure du problème. Pour eux, c'est juste un argument pour battre l'adversaire », déplore-t-elle. Nathalie, maman à l'école Paul Dubois, partage ce constat accablant : « On reçoit la propagande de la mairie alors que Mme Hidalgo ne s'est pas préoccupée du sujet avant, et de l'autre, on voit Mme Dati se faire la part belle. C'est un peu écœurant. » Dans cette école, des parents attendent toujours une décision de justice, sept ans après avoir dénoncé des viols.
Des dysfonctionnements systémiques et un appel à l'action
Les problèmes sont structurels et nombreux :
- Impossibilité de changer d'école en cours d'année pour les enfants victimes.
- Saturation des unités spécialisées pour recueillir la parole de l'enfant.
- Manque de transparence sur les procédures de recrutement et de suspension des animateurs.
Sarah, une maman de l'école Baudin (XIe), concernée par des dénonciations d'agressions en 2025, résume : « Tout a dysfonctionné. » Pourtant, elle voit une lueur d'espoir : « C'est très positif que les forces politiques s'emparent du sujet. »
Barka, membre du collectif #MeTooEcole, est en contact régulier avec la mairie et a rencontré « les candidats de tous bords ». Son constat est sans appel : « Ça gronde de l'intérieur, les parents sont en colère. Nous, on attend des actes. Je suis curieuse de savoir ce qui sera effectivement mis en place une fois l'élection passée. » Alors que la campagne municipale entre dans sa phase décisive, la pression monte pour que des mesures concrètes et durables soient enfin prises pour protéger les enfants.



