Alors que l'affaire Lyhanna continue de susciter des répercussions, une famille de l'Hérault raconte son sentiment d'abandon par la justice après le classement sans suite d'une plainte pour viol et des mois d'attente. Valérie, mère de la victime, exprime plus d'incompréhension que de colère, mais surtout le sentiment d'avoir été laissée pour compte. Installée dans un village entre Montpellier et Sète, elle souhaite témoigner des dysfonctionnements constatés depuis près de deux ans, lorsque sa fille, alors âgée de 5 ans, lui a décrit des agressions sexuelles commises par un proche septuagénaire.
Un parcours semé d'embûches
En septembre 2024, après avoir été orientée par l'association Enfance en danger, Valérie dépose plainte dans une brigade de gendarmerie de l'Hérault. Mi-octobre, la fillette est examinée à l'institut médico-légal puis entendue à Lunel par des enquêteurs spécialisés, selon la procédure Melanie qui permet de recueillir au mieux la parole de l'enfant par enregistrement vidéo. Les mêmes gendarmes sont également impliqués dans une autre affaire de viol mettant en cause Jérôme Barella, accusé du meurtre de la petite Lyhanna.
Valérie confie : « Nous n'avons pas accès au dossier, mais j'ai demandé à une enquêtrice ce qu'elle en pensait. Elle m'a dit qu'elle n'avait aucun doute sur les faits. » En novembre, une expertise psychologique de l'enfant révèle des symptômes de stress post-traumatique, confirmant un épisode déviant à caractère sexuel. Les faits sont alors requalifiés en viol. Cependant, comme le mis en cause réside près de Toulouse, la procédure est transférée en Haute-Garonne. Le 18 décembre, les gendarmes du département sont enfin saisis.
Des mois d'attente et des auditions limitées
Pendant plusieurs mois, peu de progrès sont enregistrés. Des auditions de proches ont lieu, mais le mis en cause n'est pas encore entendu. Valérie déplore : « Dès que l'on change de juridiction, tout retarde. Mon avocate a écrit pour savoir où en était le dossier. Moi, à chaque fois que j'appelais les gendarmes, on me disait : ''On est débordés, on n'a que des histoires comme ça.'' » Lorsqu'elle contacte la brigade de Plaisance-du-Touch, qui doit hériter du dossier, on lui indique que la procédure n'est pas encore arrivée. Coïncidence troublante, cette même brigade avait été initialement saisie de la plainte d'une mère dénonçant des viols sur sa fille de 10 ans, visant Jérôme Barella. Ce dossier a ensuite été transféré de Toulouse à Auch en décembre 2025.
Le septuagénaire soupçonné dans l'affaire héraultaise a finalement été entendu par cette brigade le 9 octobre 2025, soit plus d'un an après la plainte. Le procès-verbal, consulté par nos soins, indique que l'audition a duré une heure et demie, avec une vingtaine de questions, avant que le retraité ne soit remis en liberté. La suite ? « Mon avocate m'a écrit pour me dire que la procédure était classée sans suite en novembre », raconte Valérie, dont l'enfant présente désormais des troubles du comportement, comme des fuites urinaires diurnes ou le refus de changer de vêtements.
Un sentiment d'impuissance
Valérie souhaiterait connaître les motivations du parquet, d'autant qu'un document lui a assuré qu'un courrier explicatif avait été adressé à la victime. « Nous sommes en juin 2026, je n'ai jamais rien reçu », déplore-t-elle. « En fait, la voix d'un seul enfant ne pèse pas s'il n'y a pas d'aveu ou d'ADN. On se dit à quoi bon porter plainte ? On a fait les examens médicaux, psychologiques, les auditions, la parole est décortiquée, testée, on cherche à savoir s'ils sont crédibles… Et lui, il est ''un peu'' interrogé un an après… Pourquoi les investigations ne sont-elles pas poussées concernant l'adulte ? »
Elle ajoute : « On m'a dit : on garde le dossier au cas où il y aurait plusieurs plaignants. J'espère qu'il n'y en aura pas d'autres… »



