Un journaliste de France Inter brise le silence sur les viols subis dans son enfance
Dans un témoignage bouleversant, le journaliste et chroniqueur de France Inter, Frédéric Pommier, a rompu le tabou ce jeudi 16 avril 2026 en révélant à l'antenne de sa radio les viols qu'il a subis durant son enfance par quatre hommes différents. Cette déclaration intervient à l'occasion de la sortie de son livre « Derrière les arbres » aux éditions Flammarion, publié la veille, mercredi 15 avril.
« Rendre justice au petit garçon que j'étais »
Lors d'un entretien émouvant, entrecoupé de silences lourds de sens, Frédéric Pommier a confié : « Ce livre, c'est pour rendre justice au petit garçon que j'étais. Et au petit garçon qu'on a bousillé. À quatre ans, à cinq ans, à six ans, à sept ans ». Il a décrit comment ces viols ont marqué sa vie entière, ajoutant : « Pendant longtemps, il n'y a pas eu un seul jour où je n'ai pas été hanté plusieurs fois dans la journée par certaines images. Le corps, il n'oublie pas », a-t-il déclaré, la voix tremblante d'émotion.
Le récit des agressions et leurs conséquences
Dans son ouvrage, écrit à la troisième personne et depuis le regard de l'enfant qu'il était, Frédéric Pommier raconte plusieurs viols survenus à différents moments de sa petite enfance. Il décrit ensuite la déflagration de ces traumatismes tout au long de sa vie, depuis l'amnésie jusqu'à la remontée douloureuse des souvenirs. Les agresseurs sont désignés sans être nommés :
- Le petit ami d'une nourrice
- Un gardien de son immeuble
- Un jeune homme rencontré dans une piscine pendant des vacances
Un ancien maire et député visé par une plainte
Parmi ces hommes figure également un homme politique, ancien maire et député en Normandie, dont Frédéric Pommier a choisi de taire l'identité, précisant : « Ce n'est pas mon sujet ». Malgré la prescription des faits, le journaliste a porté plainte contre cet ex-élu. Une confrontation a été organisée par les enquêteurs début 2026, durant laquelle l'homme a vigoureusement nié les accusations.
« Cette confrontation était un moment d'émotion forte et puis en même temps un massacre. Parce que pendant plus de trois heures, j'ai entendu l'un des hommes qui a bousillé mon enfance et une partie de ma vie dire : “Non ça n'est pas vrai” », a relaté Frédéric Pommier. Toutefois, il a souligné avoir « pu dire sa colère à cet homme ».
Une affaire classée en raison de la prescription
Le procureur de Caen, Joël Garrigue, a confirmé à l'AFP que son parquet avait été saisi d'une plainte du journaliste « pour des faits de viol survenus dans l'Orne en 1982-83 ». Il a ajouté : « Au terme de ces investigations, et bien que la parole de M. Pommier paraisse parfaitement crédible et ses accusations tout à fait sérieuses, le parquet de Caen n'a pu que classer ce dossier en raison de la prescription de l'action publique ».
Un message pour toutes les victimes
Frédéric Pommier a expliqué sa démarche d'écriture : « En écrivant, je pensais à ceux qui ont parlé, je pensais à ceux qui n'ont pas parlé, je pensais à ceux qui se souviennent, je pensais à ceux qui ont oublié, je pensais à ceux qui ne sont plus là ». Il a jugé important de penser également à « ceux qui n'en sont pas revenus ».
Un problème de société majeur
Ce témoignage intervient dans un contexte où les violences sexuelles sur mineurs restent un fléau important en France. Selon la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), environ 160.000 mineurs sont victimes de violences sexuelles chaque année dans le pays. Le courage de Frédéric Pommier de briser le silence contribue à libérer la parole sur ces traumatismes profonds et leurs conséquences durables sur la vie des victimes.



