Traite humaine à Saint-Tropez : enquête après le décès d'Al-Fayed
Traite humaine à Saint-Tropez : enquête après la mort d'Al-Fayed

Le parquet de Paris a ouvert à l'été 2025 une enquête pour traite d'êtres humains aggravée, proxénétisme et viols, confiée à l'OCRTEH, visant le système présumé mis en place par Mohamed Al-Fayed, décédé en 2023, autour de sa villa de Saint-Tropez et de son yacht. Trois femmes se sont présentées aux autorités françaises, alors que des centaines de victimes présumées sont évoquées au Royaume-Uni, où l'enquête s'est enlisée, selon les plaignantes.

Un témoignage accablant d'une ex-assistante

Francesca (prénom modifié), ex-assistante personnelle de Mohamed Al-Fayed, apporte un témoignage détaillé. Elle décrit un système à deux vitesses : des femmes plus âgées et expérimentées, employées au Ritz et à la villa de Saint-Tropez, et des femmes plus jeunes et influençables, envoyées sur le yacht. Dans la propriété varoise, ultra-sécurisée et accessible par un port privé, elle raconte un mois d'isolement en août, des chiens de garde dissuadant toute sortie dans le jardin, et des caméras et micros partout, y compris dans sa chambre. Elle passait ses nuits à bloquer sa porte avec un meuble faute de serrure. « S'il venait, au moins, le bruit du meuble en tombant m'aurait réveillée », dit-elle.

Francesca, qui salue une justice française « plus rapide et plus attentive » qu'en Grande-Bretagne, insiste : « C'est de la criminalité organisée, avec des centaines de femmes concernées. C'est un système qui a fonctionné car il y a eu des complices pour tout organiser et des gens qui ont vu et se sont tus. »

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Un système comparable à l'affaire Epstein

Les avocates parisiennes des plaignantes, Eva Joly, Caroline Joly et Agathe Barril, décrivent un système organisé comparable à l'affaire Epstein, avec une sélection de jeunes femmes vulnérables, les transports, les hébergements et l'isolement. Eva Joly souligne d'importantes similitudes avec le dossier de Jeffrey Epstein, l'homme d'affaires américain.

Les faits dénoncés s'étaleraient de 1977 à 2014. Au Royaume-Uni, l'affaire a éclaté en septembre 2024 avec le documentaire de la BBC Al Fayed : Predator at Harrods. Plus de 20 anciennes salariées témoignent, dont 5 de viol ; une équipe d'avocats représente d'abord 37 femmes, puis reçoit plus de 150 nouvelles sollicitations en quelques jours. Mi-février 2026, la police londonienne recense 154 victimes ayant témoigné.

Identifier les complices sur place

Sur le volet de Saint-Tropez, les avocates cherchent à identifier qui savait ou a organisé ce système sur place, que ce soit du personnel de la villa, des gardiens, l'équipage du yacht, afin de retrouver d'éventuels complices et de faire reconnaître judiciairement les faits qui s'y seraient déroulés, en particulier ceux qui ne seraient pas prescrits.

Plusieurs plaignantes critiquent la lenteur des enquêteurs britanniques ; la police assure avoir revu ses méthodes et enquêter désormais sur d'éventuels complices. Le Ritz et Harrods disent prendre les faits « très au sérieux » ; Harrods a déjà indemnisé plus de 50 survivantes dans le cadre d'un dispositif dédié. Ni Mohammed Al-Fayed, ni son frère Salah (mort en 2010) n'ont été impliqués de leur vivant par la justice française ou britannique.

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