Toulon : le dernier resto de Lagoubran ferme, la pyro en cause
Toulon : le dernier resto de Lagoubran ferme

Le restaurant le Boudoir, dernier établissement du quartier Lagoubran à Toulon, a définitivement baissé le rideau en janvier 2026. Son entrée est murée, et aucune reprise d'activité n'est en vue. Officiellement, la Ville reproche au gérant des infractions aux règles d'urbanisme. Mais en toile de fond, la proximité de la pyrotechnie principale de la Marine nationale, l'un des plus gros stocks de munitions de France, complique sérieusement la donne.

Des infractions au PLU et un arrêté d'interdiction

André Darco, propriétaire des murs du restaurant situé au 260, chemin de Tombouctou, explique : « La Ville nous reproche des infractions aux règles d'urbanisme, dont des aménagements pour le confort et la sécurité des clients réalisés au fil du temps. » Un arrêté d'interdiction d'exploitation a été pris, le temps de se mettre en conformité. « Nous ne demandons aucun passe-droit mais nous devons encore travailler avec les services municipaux pour trouver une solution raisonnable », ajoute-t-il.

Le lieu, fondé en 1989 sous l'enseigne Chalet Gourmand, a vu passer plusieurs générations de Toulonnais. Le Maëlys café avait pris le relais, attirant une large clientèle, avant de céder sa place au Boudoir, qui n'aura tenu qu'un an. Le restaurant se situe entre le cimetière, l'usine d'incinération et la déchetterie, un emplacement pour le moins improbable.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un PLU restrictif à cause de la pyrotechnie

Pour Alexandra Pigoni, présidente du Comité d'intérêt local (CIL) de Lagoubran, les difficultés du Boudoir sont révélatrices des contraintes qui pèsent sur le quartier. « À Lagoubran, le PLU est plus restrictif qu'ailleurs. À cause de la pyro, on ne peut plus rien faire. Et les gens en souffrent », déplore-t-elle.

La pyrotechnie principale, située à 200 mètres à vol d'oiseau, est le plus gros stock de munitions de la Marine nationale. Les commerces doivent limiter l'accueil du public et les activités autorisées sont très encadrées : essentiellement de la mécanique et du stockage. En 2011, l'école de Lagoubran a même dû fermer, car située en « zone rouge », à l'intérieur du « polygone d'isolement » entourant ces installations militaires ultra-sensibles.

Le site de 90 hectares, classé Seveso seuil haut, a connu une tragédie en 1899 : la poudrière de Lagoubran avait explosé, rasant le hameau et tuant soixante-dix personnes. Depuis, les barils de poudre B ont laissé place à des magasins de stockage et des ateliers de maintenance pour des centaines de munitions conventionnelles : missiles, torpilles, bombes ou petites munitions.

Un avenir incertain et une échéance réglementaire

Alexandra Pigoni craint pour l'avenir. « Jusqu'alors, il y avait une tolérance pour les établissements installés depuis des années. Mais j'ai bien peur que ça ne soit plus le cas si le restaurant venait à rester trop longtemps fermé », confie-t-elle. Son inquiétude est d'autant plus vive qu'une échéance réglementaire approche : au 1er octobre 2026, une nouvelle mouture du Plan de prévention des risques technologiques (PPRT) doit être portée par le ministère des Armées.

« On espère que ça ne durcira pas encore le cadre actuel », se préoccupe-t-elle, évoquant de possibles obligations de façades anti-choc ou de fenêtres renforcées. « On a besoin de lieux de convivialité pour vivre. Là, on étouffe. On se sent en cage… »

André Darco, lui, n'a pas abandonné l'idée de faire revivre l'endroit. « L'armée nous a autorisés à accueillir jusqu'à 50 personnes. On a les tombes d'un côté, les déchets qui brûlent de l'autre. Et même de la place pour se garer. Honnêtement, on gêne qui, ici ? »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale