À Toulon, la détresse d'une mère isolée se termine en drame
Toulon : drame d'une mère et ses trois enfants

La voix est posée, le ton ferme, mais les larmes ne tardent pas à couler des joues d’Anne-Marie Kazourian. La responsable de l’association Bébés et Familles, qui intervient auprès des mamans du quartier Pontcarral à Toulon (Var), est plongée dans une profonde introspection, et « de la colère, aussi ». La thèse du suicide est privilégiée par le parquet de Toulon après la mort d’une mère de famille et de trois de ses enfants, tombés mercredi à l’aube du 13e étage d’une des deux barres qui composent le quartier classé en politique prioritaire de la ville. Les quatre enfants les plus âgés de la fratrie sont restés à l’intérieur de l’appartement.

Un appel à l'aide resté sans réponse suffisante

Anne-Marie Kazourian connaissait la maman décédée qui a emporté dans son saut dans le vide trois de ses sept enfants. « Elle était venue nous demander de l’aide. Elle n’y arrivait plus. Elle ne parvenait plus à nourrir sa famille. On l’a aidée, bien sûr, avec des petits pots, du matériel de puériculture, mais… » Les larmes coulent alors sur son visage. Elle s’excuse, les essuie avant de reprendre son récit. « Une boîte de lait infantile coûte 15 euros et dure une semaine. On ne peut pas fournir tout le monde et tout le temps. »

Une détresse psychologique liée à la précarité

« Elle souffrait d’un trouble dépressif profond, confirme Anne-Marie Kazourian. Mais c’était le résultat de sa situation. Ce serait trop facile d’expliquer ce drame par de la psychiatrie comme je l’ai trop entendu. Ça occulterait sa détresse. Sans pouvoir assurer une vie décente à ses enfants, elle ne voyait plus d’avenir. Sa crainte, c’était qu’on lui en retire la garde. »

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Face à la situation de « ces mères isolées qui se dégrade » d’après elle, la responsable de Bébés et Familles s’inquiète. « Combien se trouvent dans la même détresse, questionne celle qui, avec ses sept bénévoles, tente d’apporter un peu de réconfort ? C’était une femme à bout et il y en a beaucoup comme elle. Ce n’est pas un cas isolé. »

La solidarité du quartier mise à l'épreuve

Devant le point jeunesse du quartier Pontcarral où une cellule psychologique est en place jusqu’à la fin de la semaine pour les familles qui le souhaitent, le temps est au deuil. Viendra ensuite celui des réponses aux questions au sein d’une communauté qui se dit « unie et solidaire » mais n’a pas su ou pu déceler la détresse ultime de la défunte et empêcher l’irréparable.

« Pour le moment, on est bien en peine d’expliquer », avoue un groupe de mamans, non loin de l’école maternelle où étaient scolarisés les trois enfants défunts, âgés de 6, 5 et 4 ans. « Ici, on ne vit pas, on survit. Nous sommes des misérables, c’est la réalité, et la plupart d’entre nous n’arrivent pas à payer les loyers, admet Redouane, arrivé à Pontcarral il y a quatre ans. Il faut que les autorités agissent pour le quartier. Il faut que ce drame serve de leçon. C’est triste à dire, mais sa défenestration doit servir à quelque chose. »

Un appel aux autorités

Anne-Marie Kazourian a interpellé la maire de Toulon, Josée Massi, sur les réseaux sociaux. « Combien encore de drames comme celui-là avant qu’on prenne conscience du danger dans lequel se trouvent bien d’autres femmes ? » Dans son message, elle rappelle que l'association n'est pas seulement une épicerie mais un lieu d'écoute pour des mamans en souffrance. La maire, qui s'est déplacée sur les lieux du drame, lui aurait promis de revenir.

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