Un témoignage poignant devant la cour d'assises spéciale
Devant la cour d'assises spéciale de l'Hérault, constituée pour lutter contre la criminalité organisée, Maria, 24 ans, a livré un témoignage déchirant ce mardi 3 mars. La jeune femme a décrit avec une voix fragile, parfois au bord de la rupture, les douze heures d'horreur qu'elle a vécues lors de son enlèvement en septembre 2022. "Je ne sais pas si j'arriverai à m'en remettre", a-t-elle confié, évoquant les séquelles persistantes de ce traumatisme.
Une soirée qui bascule dans l'horreur
Le 24 septembre 2022, Maria accepte de conduire son petit ami, Hassane, sur un parking au nord de Montpellier. Celui-ci doit récupérer un sac pour le livrer à une tierce personne. Bien qu'elle sache que son compagnon a des activités illégales, la jeune femme de 21 ans à l'époque, amoureuse, ne se doute pas du piège qui l'attend. "J'ai su pardonner et avancer. J'étais jeune, je voyais pas le mal", explique-t-elle.
Le rendez-vous est en réalité une embuscade tendue par un réseau de trafiquants de drogue. Ces derniers cherchent à coincer Hassane, qu'ils soupçonnent d'avoir agressé et dépouillé leur "nourrice" deux semaines plus tôt. Lorsque Hassane prend la fuite en apercevant une arme, les ravisseurs se rabattent sur Maria.
Violences et menaces de mort
Dans la voiture, la jeune femme subit immédiatement des violences : gifles, coup de marteau sur la cuisse, tête cognée contre la vitre. Elle est ensuite conduite dans un appartement du quartier Boutonnet, où elle est poussée dans la salle de bains. Ses mains sont attachées avec des serflex et ses ravisseurs la filment pour envoyer la vidéo à Hassane. "Pendant l'appel, ils ont dit, regarde, on la frappe, on va la tuer, on n'a pas de pitié !", raconte-t-elle. Ils réclament alors 50 000 euros en échange de sa libération.
Pendant des heures, Maria reste sous surveillance, parfois attachée, parfois les mains libres. À un moment, profitant de l'assoupissement d'un de ses geôliers, elle parvient à récupérer son téléphone et envoie discrètement sa géolocalisation à Hassane avant d'effacer les traces. Elle échange également des messages avec ses parents à l'aube, leur envoyant des photos de ses paupières tuméfiées et du sang sur ses vêtements. "Ils m'ont défigurée", écrit-elle.
L'intervention de la BRI et les séquelles durables
Après plus de douze heures d'angoisse, Maria est finalement libérée par la Brigade de recherche et d'intervention (BRI). Mais la jeune femme peine à retrouver une vie normale. "J'ai plus la même vie. J'ai peur de croiser des hommes, je regarde derrière moi constamment, chaque bruit me fait peur", témoigne-t-elle. Malgré l'aide psychologique reçue, elle confie que rien ne semble vraiment changer.
Me Alexandra Buthion-Rivière, son avocate, interroge l'expert psychologue Danielle Cani sur l'attitude de sa cliente. "Elle a une attitude un peu hors-sol, un peu détachée", constate l'avocate. L'experte explique qu'il s'agit d'une modalité de défense pour éviter que le stress ne soit trop impactant. "Pour elle, le monde est devenu dangereux, elle ne se sent plus à l'abri. Et la peur s'est transformée en angoisse de mort", analyse Danielle Cani.
Quatre accusés face à la justice
Quatre hommes sont jugés depuis lundi pour cet enlèvement sur fond de trafic de drogues et risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Trois des accusés ont reconnu avoir participé au rapt, mais les deux qu'elle met le plus en cause minimisent leur violence. "Je les ai vus aussi méchants l'un que l'autre, mais celui qui m'a le plus frappé, c'est Prince Mouanguet. Sa mémoire est courte, moi, je me rappelle très bien. Ce n'est pas quelque chose qu'on oublie", affirme Maria avec fermeté.
Les avocats de la défense s'étonnent des faibles traces relevées par le légiste, ce à quoi la jeune femme répond sèchement : "Je suis désolée, quand on frappe, on frappe, que ça laisse des traces ou pas". Le verdict est attendu vendredi, clôturant un procès qui a mis en lumière la violence des réseaux de trafic de drogue et l'impact durable sur leurs victimes.



