Sur les plages, les corps se dévoilent, révélant parfois des tatouages aux connotations politiques. Si une croix gammée est aisément identifiable, d'autres symboles issus de l'imagerie néofasciste passent inaperçus. Des militants d'extrême droite arborent fièrement ces signes, comme en témoigne le cas d'un agent municipal d'Aubagne portant la devise SS « Meine Ehre heißt Treue » (« Mon honneur s'appelle fidélité ») lors d'un hommage aux morts de l'antisémitisme le 19 juillet dernier, rapporté par La Provence.
Des symboles hérités du IIIe Reich
Le militant d'extrême droite cherche à être reconnu par ses pairs tout en restant discret. L'iconographie empruntée au IIIe Reich et à la Schutzstaffel (SS) est prisée. Le soleil noir, composé de 12 runes Armanen disposées en cercle, est un exemple parlant. Comme la svastika, il est emprunté à la culture nordique. Les runes en forme d'éclair sont aussi utilisées par paires dans le célèbre sigle SS.
La tête de mort « Totenkopf », utilisée par la Waffen-SS, branche militaire de la SS chargée de la surveillance des camps de concentration, est également courante. Certains néonazis français arborent le blason de la division SS « Charlemagne », composée de volontaires français, représenté par un aigle et trois fleurs de lys, comme le souligne le journaliste Sébastien Bourdon, auteur de Drapeau noir, jeunesses blanches (Seuil).
Des signes intégristes et suprémacistes
Le Sacré-Cœur de Jésus, symbole du drapeau de Vendée, marque l'appartenance au royalisme et à la droite catholique intégriste. C'est le principal élément du logo du mouvement Civitas, dissout par le gouvernement en 2023, accusé d'appeler à « entrer en guerre contre la République » et de promouvoir « une hiérarchie entre les citoyens français avec des thèses clairement antisémites et islamophobes ». La croix de Jérusalem, emblème des chrétiens d'Orient, est aussi reprise par les militants d'extrême droite catholique : deux d'entre elles ont été taguées sur le local du Parti communiste à Cahors en septembre 2022 avec l'inscription « vive l'empereur ».
La croix celtique, utilisée par le NSDAP en référence aux cultures nordiques, est aujourd'hui un symbole de suprémacisme blanc et de néonazisme, selon le site Indextrême. On la retrouve dans les défilés annuels du C9M. La valknut, « nœud des occis », aperçue sur l'épaule de Jake Angeli (le « QAnon Shaman ») lors de l'assaut du Capitole en janvier 2021, est un autre exemple. La rune Odal, popularisée dans la série Viking sans rapport avec le fascisme, signifie « famille », « prospérité » et « héritage ». Cette ambiguïté plaît aux extrémistes : « Les groupes néonazis font exprès de se les approprier, et le jour où on les interdira, ils en choisiront un autre », explique à La Presse Maxime Fiset, un ancien néonazi.
Des chiffres cryptiques
Certains chiffres, isolés, peuvent renvoyer à une date personnelle, mais associés à d'autres symboles, ils révèlent une idéologie néofasciste. Le nombre « 1488 » est apprécié des suprémacistes blancs : « 14 » fait référence au slogan de 14 mots de David Lane (« Nous devons préserver l'existence de notre peuple et l'avenir des enfants blancs ») et « 88 » aux initiales HH (position dans l'alphabet) pour « Heil Hitler ». Le signe « 28 » peut renvoyer à la devise « Blood & Honour » (« sang et honneur »), mais aussi au cycle menstruel ou au numéro atomique du nickel, selon le contexte.
Cet article n'est pas exhaustif. Des bibles de symboles d'extrême droite sont disponibles en ligne, et la carte interactive de Streetpress permet de comprendre les nuances entre les différentes « maisons » d'extrême droite et leur implantation en France.



