Procès de Tariq Ramadan pour viols : l'islamologue face à la justice à Paris
Le procès de l'islamologue suisse Tariq Ramadan pour des viols sur trois femmes s'ouvre ce lundi devant la cour criminelle départementale de Paris. Cet intellectuel de 63 ans, déjà condamné en Suisse pour un viol à Genève en 2008, doit répondre de viols aggravés commis entre 2009 et 2016 en France. Il encourt jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle jusqu'au 27 mars, dans un procès qui promet d'être intense et médiatisé.
Les faits et les plaignantes
Les accusations portent sur trois victimes : Christelle (prénom d'emprunt), violée à Lyon en octobre 2009 ; Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque, violée à Paris en 2012 ; et une troisième femme en 2016. Henda Ayari avait déclenché l'affaire en portant plainte en octobre 2017. Initialement, une quatrième femme, Mounia Rabbouj, était concernée, mais la cour d'appel de Paris a écarté son cas en juin 2024, tout en ordonnant le procès pour les trois autres.
Les plaignantes ont décrit des relations sexuelles brutales, avec des éléments de domination et de violence. La cour d'appel a mis en avant cette violence, rejetant la notion d'emprise qui avait imprégné le dossier, jugeant qu'elle ne privait pas totalement le libre arbitre. Tariq Ramadan a d'abord nié les faits, puis admis en 2018 des relations adultères consenties mais rudes, marquant un tournant dans l'enquête.
Demande de huis clos et défense
Dès l'ouverture du procès, Christelle va demander le huis clos, selon ses avocates, Mes Laura Ben Kemoun et Laure Heinich. Cette mesure vise à protéger son identité et éviter le harcèlement subi pendant l'instruction, l'accusé ayant selon elles divulgué publiquement son identité à plusieurs reprises. Pour Henda Ayari, son avocate, Me Sarah Mauger-Poliak, souligne que ce procès n'est ni un complot ni un combat politique, mais l'histoire de viols sous emprise.
La défense de Tariq Ramadan, représentée par Mes Marie Burguburu, Sarah May Vogelhut, Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi, dénonce un procès inéquitable. Ils invoquent son état de santé, souffrant de sclérose en plaques, et affirment qu'il n'est pas en état de comparaître sans danger. Ils ont aussi déposé plusieurs requêtes pour verser de nouveaux éléments, mais se heurtent au silence de la présidente de la cour.
Contexte judiciaire et rebondissements
Ce procès intervient après plus de huit années de procédure difficile, avec plusieurs rebondissements. En Suisse, Tariq Ramadan a été acquitté en première instance puis condamné en appel en septembre 2024 à trois ans de prison, dont un an ferme, pour le viol d'une femme à Genève en 2008. Il a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l'homme et déposé une demande en révision.
En France, les juges d'instruction avaient initialement renvoyé l'islamologue en procès pour quatre femmes, mais la cour d'appel a réduit ce nombre à trois. Les avocats de la défense multiplient les offensives procédurales pour repousser le procès, arguant de nouvelles expertises prouvant son innocence, mais la justice maintient les dates.
Ce procès représente un moment crucial pour les victimes, qui attendent depuis longtemps un aboutissement. Il met en lumière des questions de violence sexuelle, de domination, et de lenteur judiciaire, dans un contexte où Tariq Ramadan reste une figure controversée de l'islam européen.



