L'ancien grand mufti de Syrie, cheikh Ahmad Badreddine Hassoune, proche du régime de Bachar al-Assad, a été condamné à la prison à perpétuité, a annoncé samedi 23 août le tribunal chargé des crimes commis par l'ancien pouvoir. Cette décision judiciaire marque une étape importante dans la recherche de justice pour les victimes du régime déchu.
Une condamnation pour crimes contre l'humanité
Le tribunal, mis en place après la chute du régime en décembre 2025, a reconnu cheikh Hassoune coupable de crimes contre l'humanité. Selon les informations rapportées par l'agence de presse officielle syrienne Sana, cette condamnation intervient après un procès qui a duré plusieurs mois. Le grand mufti, qui a occupé cette fonction religieuse de 2005 jusqu'à la chute du régime, était accusé d'avoir légitimé la répression menée par les forces gouvernementales contre les manifestants dès 2011.
Les chefs d'accusation portaient notamment sur son rôle dans la délivrance de fatwas (avis religieux) qui autorisaient le recours à la force contre les opposants. Ces documents religieux ont été utilisés comme justification idéologique pendant le conflit qui a fait plus de 500 000 morts, selon les estimations de l'ONU. Le tribunal a également examiné ses déclarations publiques appelant à la mobilisation contre les groupes rebelles.
Le rôle du mufti dans la répression
Cheikh Ahmad Badreddine Hassoune, âgé de 76 ans, était considéré comme l'une des plus hautes autorités religieuses sunnites de Syrie. Il avait été nommé à ce poste par Bachar al-Assad, dont il était un proche. Pendant le conflit, il avait multiplié les déclarations soutenant la ligne du pouvoir, notamment en qualifiant les opposants de « terroristes » et en appelant à les combattre. Selon plusieurs ONG de défense des droits humains, ses prises de position ont contribué à la légitimation de la répression.
Cette condamnation s'inscrit dans le cadre d'une série de procès intentés contre d'anciens responsables du régime. Depuis la chute de Bachar al-Assad, les nouvelles autorités ont créé des tribunaux spéciaux pour juger les crimes commis pendant la guerre civile. Des centaines de personnes, parmi lesquelles d'anciens ministres, des responsables militaires et des chefs de milices, ont déjà été jugées ou sont en attente de jugement.
Une décision saluée par les victimes
La condamnation de l'ancien grand mufti a été saluée par les associations de victimes et les familles des disparus. « C'est une victoire pour la justice, mais aussi pour la mémoire de tous ceux qui ont souffert de ce régime », a déclaré un représentant d'une association locale de défense des droits humains, cité par l'AFP. Ces groupes espèrent que ces procès permettront de faire la lumière sur les exactions commises pendant la guerre et d'établir les responsabilités individuelles.
La peine de prison à perpétuité prononcée contre cheikh Hassoune soulève néanmoins des questions sur l'avenir des procédures judiciaires en Syrie. Les nouvelles autorités, dirigées par le groupe Hayat Tahrir al-Cham, ont promis de poursuivre les responsables des crimes de guerre. Cependant, des organisations internationales comme Amnesty International ont appelé à garantir des procès équitables et à éviter toute justice expéditive. La communauté internationale suit de près ces évolutions, alors que la Syrie tente de se reconstruire après plus d'une décennie de conflit dévastateur.



