Supportrices des Girondins dénoncent des palpations abusives à Bayonne
Supportrices dénoncent des palpations abusives à Bayonne

Après la rencontre contre l’Aviron Bayonnais FC, des supportrices des Girondins de Bordeaux pointent des palpations « inhabituelles » de la part de certaines policières. La préfecture des Pyrénées-Atlantiques défend des gestes « pleinement justifiés » dans un contexte de match à risque.

Un dispositif de sécurité renforcé

La préfecture des Pyrénées-Atlantiques identifiait « un match à risque ». Des tensions récurrentes entre groupes de supporters bordelais ont conduit les autorités à déployer un imposant dispositif de sécurité, samedi 2 mai, à Bayonne. Les Girondins de Bordeaux affrontaient l’Aviron Bayonnais (1-2), à Jean-Dauger, lors de la 28e journée de Nationale 2. Aux entrées, stadiers et policiers s’assuraient qu’aucun objet interdit n’entre dans l’enceinte sportive.

Des témoignages de supportrices

Mais très vite après la rencontre, des supportrices ont dénoncé des « palpations abusives ». Lundi, les Ultramarines évoquent sur les réseaux sociaux des signalements de « plusieurs supportrices ». L’association historique de supporters pointe des « actes humiliants et dégradants », des « abus ». « Nous ne les laisserons pas passer », promet-elle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le témoignage de Florian Brunet

Florian Brunet est le porte-parole des Ultramarines. Il était au match avec sa femme « enceinte de huit mois » et sa fille. Il a 48 ans dont « 40 ans à travers tous les stades du monde ». « On a assisté à une palpation jamais vue. Je suis témoin direct, j’ai vu ma femme touchée sur les parties intimes. »

Maëva Lagarde témoigne

Maëva Lagarde était dans le parcage, samedi. Ambassadrice de l’association Her game too à Bordeaux, elle milite contre le sexisme dans le monde du football. « Je fais quasiment tous les déplacements et c’est la première fois que les fouilles sont aussi poussées. » Elle décrit une palpation « normale » par les stadiers puis « beaucoup plus insistante » par une policière. « Moi, j’ai eu la main sous le soutien-gorge. J’ai vu aussi pas mal de personnes choquées, certaines en larmes. »

Menaces de plaintes

Her game too a récolté une quinzaine de témoignages, via un questionnaire en ligne. « La CRS a déboutonné mon pantalon et on voyait ma culotte. » « La policière m’a pelotée la poitrine et a mis sa main dans mon jean. » « La fouille a dépassé le cadre habituel, ses mains étaient à l’intérieur de mon pantalon. » « La policière a lourdement insisté sur ma poitrine. » Maëva Lagarde compile les descriptions, qui pourraient amener des actions en justice. « Nous disons aux personnes que nous les croyons. Nous allons leur proposer de porter plainte, avec l’aide juridique de France victimes. Moi-même, j’y réfléchis. »

Tout comme cette mère venue assister à la rencontre avec sa fille de 15 ans. « Je suis étonnée et hyper en colère. » Elle n’a pas rencontré de problème mais sa fille « s’est effondrée » une fois en tribune. « Elle m’a décrit une policière qui lui a baissé la braguette et qui lui a remonté le t-shirt au-dessus du soutien-gorge. » La mère explique être « retournée vers les fouilles » et avoir échangé avec « des filles dans la vingtaine pour qui la fouille avait aussi dérapé ».

La préfecture se défend

Anne-Sophie Marcon, sous-préfète et directrice de cabinet du préfet des Pyrénées-Atlantiques, a signé l’arrêté encadrant la sécurité du match. Elle rappelle « la présence de plus de 600 supporters ultras antagonistes », les Ultramarines et les North Gate. Les derniers ont refusé l’espace où ils devaient être regroupés dans le stade. Des incidents ont éclaté aux abords du stade entre des membres des North Gate et les forces de l’ordre. « Les groupes concernés n’ont pas respecté les arrêtés préfectoraux d’encadrement pris en amont pour prévenir les troubles à l’ordre public. Avant même l’entrée dans le stade, un policier a notamment été visé par un fumigène, confirmant le niveau de risque auquel les forces de sécurité étaient exposées », souligne Anne-Sophie Marcon.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Des fumigènes introduits malgré tout

La représentante de l’État relève « ce contexte » particulier où « les palpations de sécurité réalisées à l’entrée du stade étaient pleinement justifiées afin d’empêcher l’introduction d’objets dangereux ou interdits. Elles ont été effectuées par des personnels habilités, dans le respect du cadre applicable et des règles encadrant ce type de contrôle. » La directrice de cabinet note aussi que des « engins pyrotechniques (interdits) ont malgré tout été introduits dans l’enceinte sportive ». « Le dispositif mis en place a permis de garantir la sécurité du public, des riverains et des forces engagées », conclut Anne-Sophie Marcon.

Les supporters girondins ont « craqué » des fumigènes dans les travées de Dauger. « Qu’il y ait une palpation, c’est normal, concède Florian Brunet. Mais qu’elle n’attente pas à la pudeur. » Le représentant des Ultramarines revendique un rôle d’alerte. « Ce qu’on a vu s’apparente à des agressions sexuelles. Ça ne doit pas devenir la norme. » Aussi les Ultramarines ont-ils pris attache avec l’Association nationale des supporters « pour faire remonter à l’État ». À ce stade, aucune plainte n’a été déposée.

3 questions à Alain Larrea, bâtonnier du barreau de Bayonne

Dans quel cadre juridique est circonscrite une palpation de sécurité ?

Elle se situe dans le cadre général des missions de sûreté et est encadrée par le Code de sécurité publique. La palpation de sécurité a un motif et un cadre précis. Dans le cas d’espèce, l’autorité administrative les a définis à travers un arrêté préfectoral. La palpation de sûreté est pratiquée par une autorité autorisée dans le cadre de ses fonctions à toucher le corps d’une personne, toujours de même sexe. Cela peut-être des agents de police ou de gendarmerie mais aussi des personnels de sécurité privée strictement encadrés. Le but est uniquement de vérifier que la personne ne porte pas d’objet dangereux pour elle ou pour autrui.

La palpation de sécurité peut-elle se faire sous les vêtements ?

Non, elle se fait sur les habits. Généralement à l’abri des regards. La personne qui la pratique passe ses mains sur les épaules, les aisselles, les bras, le buste, la ceinture, les jambes… La palpation est faite pour, par le toucher au-dessus des vêtements, repérer des reliefs qui pourraient trahir la présence d’un objet dangereux.

Quelle différence avec une fouille ?

La fouille est un degré supérieur de vérification, qui permet le déshabillage partiel ou complet. La seule entrée à une rencontre sportive ne relève pas de la fouille. Mais une palpation qui aurait révélé un relief pourrait amener une fouille. Là encore, par une personne du même sexe, à l’abri des regards. Dans un cadre législatif particulier, comme par exemple en matière de stups, un médecin peut vérifier les cavités corporelles, possiblement recourir à des techniques d’imagerie médicale.