Saint-Jean-de-Luz face au défi sécuritaire malgré la baisse des cambriolages
Les statistiques officielles du ministère de l'Intérieur révèlent une diminution significative des cambriolages à Saint-Jean-de-Luz, avec un passage de 134 faits en 2024 à 98 en 2025, soit une chute remarquable de 27%. Pourtant, cette thématique sécuritaire demeure extrêmement sensible pour les Luziens et constitue la préoccupation majeure des abonnés locaux de Sud Ouest consultés à l'approche des élections municipales.
Une baisse à analyser avec prudence
La centaine de cambriolages recensés, bien qu'en net recul, reste la problématique de sécurité principale autour de la baie, à l'image de l'ensemble de la Côte basque. Cette région présente en effet des caractéristiques attractives pour les malfaiteurs : zone de passage stratégique, proximité de la frontière, quartiers résidentiels et maisons secondaires souvent isolées. La diminution récente doit s'interpréter avec nuance, car elle semble résulter de multiples facteurs combinés, allant de la sensibilisation accrue des personnes âgées aux patrouilles renforcées de police sur le terrain, en passant par le déploiement progressif des caméras de vidéoprotection.
Le maire sortant mise sur la vidéoprotection
Le maire Jean-François Irigoyen, candidat à sa réélection sous l'étiquette Les Républicains, établit un lien direct entre le déploiement des caméras initié en 2023 et la baisse des statistiques. « Un certain nombre de cambriolages ont été élucidés grâce aux caméras », affirme-t-il, soulignant la demande croissante des habitants pour ce dispositif. L'élu annonce vouloir intensifier cet effort en passant de 28 à 50 caméras, estimant que cette présence technologique rassure les citoyens, notamment ceux qui rentrent à pied tard le soir.
Son adversaire Manuel de Lara, bien que favorable au principe, critique certaines implantations jugées inefficaces. Il pointe notamment une caméra mobile restée stationnée devant le Grand Hôtel depuis septembre 2024, alors qu'un point de deal était identifié aux Flots Bleus, à quelques centaines de mètres. Le maire sortant rétorque que le transfert est désormais effectif, répondant ainsi à une promesse faite aux résidents du secteur.
Les alternatives proposées par les opposants
Pascal Lafitte, tête de liste de Donibanen Bizi, s'était initialement opposé à l'installation des caméras pour des raisons de libertés individuelles. Sans vouloir démonter les équipements existants, il refuse toutefois une généralisation excessive et privilégie une approche différente : « La dissuasion, c'est d'abord la police de proximité ». Il propose la création de policiers municipaux référents par quartier, avec onze référents couvrant l'ensemble de la ville, toujours visibles et en binômes.
Le maire sortant partage l'objectif de renforcer les effectifs, ayant déjà doublé la police municipale (de 7 à 14 agents) et envisageant d'ajouter sept postes supplémentaires. Mais Pascal Lafitte insiste sur la méthode : « On ne veut pas répondre à un sentiment d'insécurité, mais à une insécurité constatée », défendant également une prévention active via les écoles et le tissu associatif.
La participation citoyenne en débat
Manuel de Lara souhaite quant à lui étendre à tous les quartiers le dispositif de « participation citoyenne », actuellement testé uniquement sur le secteur du boulevard Thiers. Mis en place fin novembre 2025 en réponse aux cambriolages, ce système étatique non commercial forme des référents accompagnés par la Police nationale. « Si l'État ne souhaite pas le développer, je passerai à un dispositif commercial comme les Voisins vigilants », prévient-il, tout en précisant sa préférence pour la solution publique.
Cette expérimentation inquiète Pascal Lafitte, qui redoute des dérives : « Ce n'est pas à la sphère privée d'assurer ces contrôles ». Manuel de Lara et Jean-François Irigoyen se veulent rassurants, expliquant que l'objectif n'est pas l'espionnage entre voisins mais le signalement de véhicules ou comportements inhabituels, comme une camionnette blanche ou une Audi noire stationnant anormalement.
Une vision radicalement différente
Jacqueline Uhart, candidate de Lutte ouvrière, se positionne aux antipodes de ces débats sécuritaires. « La première insécurité, elle est d'abord sociale », déclare-t-elle, position soutenue par son colistier Carlos Ribeiro qui questionne : « Est-ce que c'est en doublant le nombre de caméras que l'on va remplir le frigo des gens qui ne mangent qu'un repas par jour ? ». Cette perspective rappelle que les préoccupations des Luziens dépassent le seul cadre des cambriolages, touchant également aux vulnérabilités économiques et sociales.
Alors que les élections municipales approchent, la question sécuritaire à Saint-Jean-de-Luz cristallise ainsi des visions politiques contrastées, entre renforcement technologique, présence humaine renforcée et approche sociale, dans une ville où la baisse statistique des cambriolages n'a pas apaisé les inquiétudes citoyennes.



