Rouffignac 1944 : le village martyr de la division Brehmer durant la Semaine sanglante
Rouffignac 1944 : le village martyr de la division Brehmer

Rouffignac 1944 : le village martyr de la division Brehmer durant la Semaine sanglante

En Dordogne, l'un des épisodes les plus marquants de la Seconde Guerre mondiale s'est déroulé à Rouffignac-Saint-Cernin le 31 mars 1944. Ce village du Montignacois a été incendié par les troupes allemandes et géorgiennes de la division Brehmer, qui a traversé le Périgord entre le 26 mars et le 2 avril 1944.

La stratégie de terreur de la division Brehmer

Jean-Paul Bedoin, président délégué de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance (Anacr), explique : « Cette unité de la Wehrmacht avait été appelée pour détruire des maquis très actifs dans ce secteur surnommé “la Petite Russie”, terroriser les populations qui les aidaient et continuer la chasse aux Juifs réfugiés dans la région. »

Cet épisode tragique, surnommé la Semaine sanglante, a fait 271 victimes dont 116 Juifs et causé la déportation de 270 personnes. Ces événements, entre destructions et massacres, n'ont cependant rien à voir avec la division SS Das Reich, responsable du massacre d'Oradour-sur-Glane en juin 1944.

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Le témoignage poignant de Solange Delage

Solange Delage avait 12 ans à cette époque. Elle habitait chez sa grand-mère à la sortie du village et se souvient très bien de l'arrivée des Allemands. « Ils cherchaient des Juifs et des résistants. Les hommes avaient été réunis sur la place. Vers 17 heures, on nous a dit qu'il fallait quitter les maisons et qu'elles seraient brûlées à 22 heures. Ils ont tout brûlé, sauf l'église ».

Les maisons ont été incendiées par les soldats utilisant parfois des lance-flammes. La demeure où habitait Solange avait été épargnée ce soir-là, mais les Allemands sont revenus le 2 avril mettre le feu au reste du village. « On avait sorti les meubles dehors, mais ils ont tout brûlé au lance-flammes. Nous n'avons récupéré qu'un crucifix qui était tombé par terre. »

Un mouvement de solidarité s'est manifesté aux alentours pour héberger les sinistrés. « Nous sommes restés pendant presque un an dans une famille qui nous a accueillis », se souvient Solange.

150 bâtiments détruits et une reconstruction standardisée

Près de 150 bâtiments ont été détruits à Rouffignac en mars 1944, créant un choc dans tout le département. Des habitants ont aussi été molestés pour dénoncer les membres de la Résistance. Mais le bilan humain fut moindre ici qu'à Brantôme, Sainte-Marie-de-Chignac ou La Bachellerie, où les militaires de la Brehmer ont multiplié les exécutions.

Dès la fin de la guerre, des baraquements de bois ont été installés pour accueillir des réfugiés, avant une reconstruction standardisée financée dans le cadre des dommages de guerre jusqu'aux années 1950. Ce qui donne un aspect étonnant au bourg actuel, avec toutes ces maisons aux pierres blanches identiques, pas vraiment dans le style traditionnel du Périgord.

Les otages et les victimes de Rouffignac

Parmi la soixantaine d'otages embarqués de Rouffignac pour Azerat, un seul a été fusillé car il s'est dénoncé comme Juif. Pierre Khantine avait 29 ans. L'école de Rouffignac porte désormais son nom. Quatre gendarmes, coupables de ne pas avoir arrêté les maquisards du coin, sont morts en déportation. Un autre otage a été abattu à Condat.

La gendarmerie a été brûlée. Quatre des gendarmes ont été déportés et ne sont pas revenus. Le drame de Rouffignac n'est pas comparable à celui d'Oradour-sur-Glane. Les habitants ont eu plus de chance, face à des soldats prêts à tout mais qui ont déchaîné leur violence sur les bâtiments plutôt que sur les personnes.

La mémoire perpétuée par les derniers témoins

« Ici nous n'avons jamais arrêté de commémorer ces événements », rappelle le maire Raymond Marty. Le parcours à travers le village, le mémorial et surtout la parole des témoins entretiennent cette mémoire. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une quinzaine de survivants de cette époque à perpétuer ces terribles souvenirs.

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Le martyr de Rouffignac a été officialisé le 5 mars 1945 par la visite du général de Gaulle, puis en 1948 par l'attribution de la croix de guerre. Le village a été détruit, mais la Résistance a continué tout autour jusqu'à la Libération. Soixante-quinze ans plus tard, on ne l'oublie pas.

Le général de Gaulle est venu à Rouffignac le 5 mars 1945, un peu moins d'un an après la tragédie, marquant ainsi la reconnaissance nationale du sacrifice de ce village périgourdin. La mémoire collective continue de transmettre cet épisode douloureux de l'histoire locale et nationale.