Ce mardi 1er septembre 2026, jour de rentrée scolaire à Nice, les parents d'élèves rencontrés par Nice-Matin ont accueilli sans passion la démarche du maire UDR Éric Ciotti, qui souhaite instaurer « au moins une fois par semaine » une levée de drapeau avec La Marseillaise dans les écoles élémentaires. Pour l'heure, des mâts avec le drapeau français sont installés dans les cours des écoles.
Une initiative qui divise les parents
Tristan, père d'un garçon de 7 ans, se montre favorable : « À la maison, mon fils chante déjà La Marseillaise pour les matchs de football, maintenant il la chantera à l'école, je ne vois pas où est le problème ». Il ajoute : « Je ne comprends pas que ça dérange certaines personnes, ce n'est pas un truc religieux, c'est la France et elle est à tout le monde ». Il ne connaît pas encore les modalités qui seront appliquées à l'école Risso, à l'est de Nice.
Quatre jours avant la rentrée, Éric Ciotti a annoncé son souhait que chaque école niçoise organise un salut au drapeau avec La Marseillaise, au moins une fois par semaine, pour inculquer « dès le plus jeune âge l'amour de la France, de son histoire et de ses symboles ». Cette initiative pourrait être mise en œuvre via une convention entre la Ville et l'Éducation nationale, selon le maire.
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a toutefois opposé une fin de non-recevoir lundi, à l'issue du Conseil des ministres. Éric Ciotti a immédiatement dénoncé une « énième dérive gauchisante » du gouvernement.
Des priorités jugées ailleurs
Une maman interrogée réagit : « Je pense que ça aurait été plus intelligent de réaliser un livre, avec la signification du drapeau français, l'historique de La Marseillaise, plutôt que ça, mais c'est pas grave ». Elle s'interroge aussi sur le coût de ces installations.
Samia, mère d'une fille qui entre en CM1, estime que « ce n'était pas une priorité ». Elle argumente : « La priorité, ce serait que nos enfants n'aient pas trop froid l'hiver dans les classes et ne meurent pas de chaud quand arrive l'été ».
Hier matin, dans la cour de l'école des Moulins, en plein cœur du quartier de reconquête républicaine de l'ouest de Nice, l'élu UDR a défendu une démarche « vertueuse qui ne pourra que souder la cohésion nationale », fustigeant « la lâcheté de ce ministre et de ce gouvernement qui refusent quelque chose de très simple ».
Certains parents restent perplexes. Tarik, père de trois enfants, confie : « Mes enfants savent ce que c'est que d'aimer la France, ils n'ont pas besoin d'un drapeau. Par contre, ils ont besoin de sécurité. Ils ont besoin de pouvoir aller à l'école sans avoir peur. Ce n'est pas le cas dans le quartier ».
Le regard des enseignants et des anciens
Lise (1), professeur des écoles à Nice, soupire : « Tout le week-end, on n'a parlé que de ça sur les groupes de l'école… Comme si on n'avait pas plus urgent juste avant la rentrée ». Elle juge le dispositif « instrumentalisé, politisé », expliquant que « ça permet à l'extrême gauche de taper sur l'extrême droite. Et vice versa ».
Elle nuance : « Moi, ça ne me choque pas. Une fois par semaine, c'est peut-être beaucoup, d'accord. Est-ce que c'est la priorité ? Je ne sais pas. Mais ce n'est pas non plus honteux. D'autant que ça fait partie du programme en élémentaire ». Elle précise : « Au CP, on évoque les symboles de la République, le drapeau, la Marianne, La Marseillaise. Et au CE2 on écoute l'hymne et on apprend quelques paroles ». Elle conclut : « Dans d'autres pays, ils le font, notamment lors de célébrations nationales et tout le monde trouve ça normal ».
En plein cœur de Nice, Michèle, grand-mère de deux petits garçons, applaudit des deux mains : « Un drapeau national fédère et c'est bien ce qu'il manque à toute cette jeunesse. Leur donner une identité est une belle idée ».
Marie-Louise, 93 ans, est horrifiée : « J'ai 93 ans et durant ma scolarité au moment de l'occupation allemande et du régime de Vichy j'ai dû assister à la montée des couleurs chaque matin en chantant La Marseillaise ou Flotte petit drapeau ». Elle conclut : « Je ne pensais pas que mes arrière-petits-enfants en 2026 seraient obligés de revivre ce mauvais souvenir ».
(1) Le prénom a été modifié.



