Mi-août, une vidéo devenue virale sur X montre une commerçante des Deux Alpes (Isère) tenant des propos antisémites à l'encontre d'un homme juif orthodoxe. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a condamné ces propos et une enquête a été ouverte par le parquet de Grenoble.
Des propos qui ont choqué
Dans la vidéo, la commerçante, appuyée au comptoir de sa buvette, déclare à Elie Sultan : « La communauté juive, vous êtes trop nombreux. À un moment donné, ça excède les gens. » Elie Sultan, qui filmait la scène, raconte à l'AFP qu'il venait de s'installer en famille sur la terrasse du snack. « On voit qu'on excède, mais on n'a jamais eu ce genre de remarques ici », déplore cet homme de 53 ans, propriétaire d'une librairie juive à Paris, se disant « choqué ».
Me Éric Hattab, président du CRIF Grenoble-Dauphiné, a dénoncé avec ironie : « Y a-t-il un quota de juifs admis dans les montagnes ? » Après des auditions, une enquête a été ouverte et transmise « pour étude » au parquet de Grenoble, a indiqué ce dernier en début de semaine.
Des tensions récurrentes
La commerçante a refusé de s'exprimer auprès de l'AFP. Ses confrères, souhaitant rester anonymes, fustigent une situation « montée en épingle » à partir de propos « sortis de leur contexte ». Dans la station, des personnes croisées par l'AFP formulent plusieurs griefs : présence en nombre, faible intégration à la vie locale ou consommation limitée aux seuls restaurants casher.
« Nous, ils nous dérangent, on en a marre », commente Danièle, une Camarguaise de 61 ans, habituée de longue date des Deux Alpes, se défendant d'être antisémite. « Ils ne s'intègrent pas », appuie-t-elle, « alors on les ignore, on fait comme s'ils n'étaient pas là ». D'autres les accusent de laisser les plaques chauffantes allumées ou de dégrader les interphones pendant le shabbat, repos hebdomadaire observé du vendredi soir au samedi soir.
La montagne, destination prisée
Les communautés juives orthodoxes apprécient l'air « sain » de l'altitude et des activités comme la randonnée ou le rafting. « Loin des corps dénudés du bord de mer, la montagne offre des vacances plus respectueuses de la pudeur, plus propres », explique Mendel, un Parisien de 40 ans. Les Deux Alpes hébergent depuis plusieurs années le séminaire estival Beth Loubavitch, grand rendez-vous du judaïsme francophone attirant des centaines de personnes trois semaines durant. Créé à la fin des années 60, ce séminaire se déplace de station en station dans les Alpes.
« À chaque fois, on nous montre du doigt », regrette Hannah Lasry, la trentaine. Mais pour Helena, 41 ans, les comportements hostiles demeurent des « cas isolés » dans la station où elle se sent « bien accueillie ». La mairie rappelle dans un communiqué « ses valeurs d'ouverture, de respect et d'inclusion ». « C'est un sujet brûlant », glisse un élu d'une station alpine à l'AFP.
Un impact économique notable
Des « organismes casher » privatisent souvent des hôtels entiers. À l'Alpe d'Huez, Deborah Sultan, 38 ans, et son mari ont loué un établissement via leur société Niphla Events, accueillant en août 250 clients du monde entier. En 2019, cette station estimait le tourisme casher à près de 20 % de sa clientèle aoûtienne. Il ne représente plus que 1 % aujourd'hui, selon Sébastien Mérignargues, directeur de l'office du tourisme.



