Plus de onze ans après le drame survenu lors du tournage du jeu télévisé en Argentine, la justice française a ordonné un procès pour homicides involontaires. Quatre personnes et la société de production, en tant que personne morale, seront jugées en correctionnelle pour homicides involontaires. Trois des producteurs de l’époque et un responsable de sécurité sont convoqués devant le tribunal correctionnel de Paris, à une date qui n’est pas encore fixée.
Parmi les victimes figuraient notamment trois sportifs français de haut niveau : la navigatrice Florence Arthaud, le boxeur Alexis Vastine et la nageuse Camille Muffat. Cinq membres français de la production et deux pilotes argentins avaient également été tués.
« Amateurisme et chasse à l’image »
Hubert Arthaud, frère de celle qu’on surnommait « la petite fiancée de l’Atlantique », se réjouit qu’il n’y ait pas qu’une personne morale renvoyée en correctionnelle, mais aussi des personnes physiques. « C’est tout à fait normal, parce que derrière une société, il y a des personnes physiques qui ont pris la décision de faire passer la sécurité au deuxième plan », déplore-t-il.
« Le premier plan, c’était le coût financier, faire des économies », dénonce Hubert Arthaud, qui fustige un « amateurisme » et « une chasse à l’image, en voulant faire voler deux hélicoptères en tandem ». Hubert Arthaud avance que le procès pourrait se tenir « au premier semestre 2027 ».
Manque de moyens au détriment de la sécurité
Cette ordonnance de renvoi en correctionnelle « acte l’absence de contrôle et de surveillance d’ALP (société de production) et de ses dirigeants sur le choix des pilotes, la nature du vol - particulièrement dangereux et totalement improvisé - et l’incompétence de la société censée assurer la sécurité du tournage », brosse Me Solenn Le Tutour, avocate de familles de victimes. « C’est une longue page d’investigations qui se tourne pour les familles qui vont enfin pouvoir faire toute la lumière sur les causes du décès de leurs proches », souligne cette avocate.
Le 9 mars 2015, le tournage de « Dropped », jeu d’aventures prévu pour diffusion l’été suivant sur TF1, avait tourné au drame : deux hélicoptères Écureuil étaient entrés en collision en plein vol avant de s’écraser, dans la province argentine de la Rioja. L’accident avait eu lieu au départ de ce vol rapproché à basse altitude, visant à ce que le cameraman d’un appareil filme l’autre. Les candidats, eux, devaient être largués dans des zones isolées, puis avaient soixante-douze heures pour retrouver la civilisation.
Les mis en cause sont renvoyés en correctionnelle pour la validation d’un budget alloué aux moyens aériens au détriment de la sécurité ou encore la sélection des hélicoptères et des pilotes sur des critères ne correspondant pas aux besoins effectifs. Il est aussi reproché au responsable de la sécurité de ne pas avoir vérifié si les deux pilotes avaient déjà volé ensemble, entre autres.
Erreur de pilotage et autres défaillances
« Les équipes d’ALP (société de production) demeurent bouleversées par ce drame. Si elles respectent et comprennent la douleur des familles, elles restent déterminées à démontrer que tous les moyens matériels et humains ont été mis en place pour assurer la sécurité du tournage », commentent Mes Mathias Chichportich et Clara Gérard Rodriguez, avocats de la production. Pour ces conseils, ce renvoi en correctionnelle « signifie que les magistrats estiment nécessaire la tenue d’un procès mais en aucun cas une quelconque déclaration de culpabilité ».
Après l’accident, deux enquêtes judiciaires avaient été ouvertes, en Argentine et en France. Vidéos et témoignages ont vite mis en cause une erreur de pilotage, hypothèse accréditée fin 2015 par la Direction d’enquête des accidents de l’aviation civile (Jiaac), l’équivalent argentin du Bureau d’enquêtes et analyses (BEA). Mais la Jiaac pointait aussi d’autres défaillances : « Lacunes dans la planification » du vol, utilisation dans un cadre commercial d’hélicoptères publics, imprudences de pilotage pour des séquences spectaculaires.



