Procès à Montpellier : Lorenzo, tétraplégique, témoigne avant le jugement de ses agresseurs
Procès Montpellier : Lorenzo tétraplégique témoigne avant jugement

Un procès attendu pour tourner la page

"Je suis dans l'indifférence", déclare Lorenzo Roques, 25 ans, à la veille du procès de ses agresseurs qui s'ouvre ce mardi 7 avril devant la cour criminelle de l'Hérault à Montpellier. Victime d'une rixe survenue à Pérols le 23 août 2020, le jeune homme est resté tétraplégique à l'âge de 19 ans. Six jeunes seront jugés pour cette bagarre de village, dont deux risquent jusqu'à quinze ans de réclusion criminelle pour avoir causé ses terribles blessures.

Une vie bouleversée en quelques minutes

Lorenzo Roques raconte avec détachement cette échéance judiciaire. "Vu qu'il y a déjà eu la reconstitution, je sais sur quoi ils vont se positionner. Je les ai vus faire, avec leurs avocats, à jouer sur des détails. Ce procès, je l'attends pour pouvoir passer à autre chose dans ma tête. Pour le reste, je suis dans l'indifférence, et je me concentre sur moi-même. C'est déjà assez compliqué comme ça."

Le soir du drame, une altercation entre deux groupes de jeunes de Pérols et de Lattes, pour des motifs restés obscurs, a basculé sa vie. Lourdement projeté dans un fossé bétonné, peut-être frappé dans le dos et la nuque, il a subi des vertèbres cassées et une compression de la moelle épinière. Depuis, il est tétraplégique et ne se déplace qu'en fauteuil roulant, la moitié inférieure de son corps étant immobile et insensible.

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L'adaptation à un quotidien transformé

"Côté évolution, il n'y a rien à attendre, on s'habitue. On y est obligé, on fait avec", confie Lorenzo dans la maison de Pérols que sa mère et son beau-père ont entièrement réaménagée pour faciliter ses déplacements. "L'hiver, c'est plus compliqué pour sortir, et cette année il a beaucoup plu", soupire-t-il. Grâce à son fauteuil roulant électrique, il parvient néanmoins à s'évader quelque peu : "Sinon je sors, je vais faire un tour dans le village, voir des amis."

Les versions divergentes des accusés

Sébastien, 27 ans, a admis avoir foncé sur Lorenzo et l'avoir projeté dans le fossé. Son avocat, le bâtonnier Bernard Beral, précise : "Sébastien a des souvenirs assez confus, car il a lui-même perdu connaissance pendant plusieurs minutes à ce moment-là. Les experts pensent que c'est cette chute qui a causé le traumatisme de Lorenzo. Mais bien évidemment, ces conséquences-là ne pouvaient même pas être imaginables."

Lucas, 28 ans, conteste fermement avoir frappé Lorenzo. L'avocate de ce dernier, Me Maryse Pêchevis, affirme : "Il garde la même position depuis le départ, il dit qu'il est allé secourir deux personnes, et qu'il ne comprend pas pourquoi ces accusations lui tombent dessus." Elle souligne les conséquences pour son client : "Lucas a dû renoncer à sa carrière militaire, il a quitté le département, ses parents ont fini par vendre leur maison."

Une attente de justice malgré tout

Me Béatrice Muzi, partie civile pour Lorenzo et sa mère, déclare : "Nous allons sereinement à ce procès, car tout a été établi dans la procédure. Mais le sentiment d'injustice est toujours là, car quelle que soit la peine qui soit prononcée, cela ne changera rien à la situation de Lorenzo qui est handicapé à vie."

Lorenzo, quant à lui, reste ferme : "Je sais ce que je vais dire, je sais ce que j'ai vécu, et je n'ai pas besoin de plus." Quatre autres jeunes seront également jugés pour des coups échangés lors de cette rixe. Le verdict est attendu le mardi 14 avril, sous réserve que la grève annoncée des avocats de Montpellier ne perturbe pas le calendrier judiciaire.

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