Ouverture tendue du procès pour le meurtre d'Antonio Delorme
Le procès des frères Bourget et de leur beau-père Nicolas Holderbaum a débuté ce lundi 23 février dans une atmosphère chargée d'émotion. Les trois hommes comparaissent pour le meurtre d'Antonio Delorme, survenu dans la nuit du 20 août 2022 sur l'aire d'accueil des gens du voyage de Pennevert à Rochefort.
Une salle d'audience sous haute tension
Dès l'entrée des accusés dans la salle des assises du palais de justice de Saintes, la colère contenue de l'assistance a explosé. Insultes et menaces ont fusé, nécessitant l'intervention de sept policiers autour de Nicolas Holderbaum, 71 ans, seul à comparaître libre. Son avocate a obtenu de le rapprocher de la défense pour l'éloigner du public hostile.
Le président Franck Wastl-Destigne a immédiatement recadré l'audience : « Je peux tout à fait comprendre qu'il y ait de la douleur, de la peine et même de la colère. Mais on ne peut accepter de telles choses dans une salle d'audience », a-t-il déclaré en menaçant d'expulser les perturbateurs. Son appel au calme a été entendu, mais la douleur restait palpable sur les visages des proches de la victime.
Une famille unie dans le deuil
Près de soixante personnes se sont rassemblées pour soutenir la famille d'Antonio Delorme, mort à 40 ans. La plupart portaient un t-shirt à son effigie avec l'inscription « Justice pour Antonio ». Aucun soutien n'était visible du côté des accusés, créant un déséquilibre émotionnel marqué dans la salle.
La première journée s'est principalement concentrée sur l'étude des personnalités des prévenus. Comme la victime, David et Moïse Bourget ainsi que Nicolas Holderbaum sont issus de la communauté des gens du voyage et appartiennent à une famille décrite comme pieuse et soudée.
Portraits des principaux accusés
David Bourget, 37 ans, père de trois filles, présente un casier judiciaire chargé avec 17 condamnations pour délits routiers et vols, mais aucune pour violences. Pourtant, son ADN a été retrouvé sous les ongles de la victime et deux témoignages anonymes l'accusent d'avoir porté les coups mortels. Il a constamment nié les faits durant l'instruction.
Moïse Bourget, 40 ans, père de cinq enfants, cumule 18 mentions à son casier, dont deux condamnations pour violences. Il décrit une détention difficile au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne : « Ça se passe vraiment mal en prison. Depuis que je suis rentré en 2023, je reçois des menaces de mort ». Plus d'une heure avant l'appel aux secours, il aurait demandé à une amie de lui fournir un alibi, déclarant ne pas vouloir « aller en prison pour les autres ».
Les deux frères, qui n'ont pas le même père, vivaient du RSA et de petits travaux avant leur interpellation. Les pompiers ont décrit David comme « complètement ivre » la nuit des faits, bien qu'il minimise sa consommation d'alcool.
Le rôle du beau-père
Nicolas Holderbaum, 71 ans, retraité et père de huit enfants, est soupçonné d'avoir tenté de maquiller le crime et de dissimuler des preuves pour protéger ses beaux-fils. Il a passé un an en détention provisoire et sa santé est décrite comme fragile.
Un crime d'une rare violence
Les circonstances du décès d'Antonio Delorme témoignent d'une extrême brutalité. Arrivé vers 1 heure du matin au camp où séjournaient les Bourget, son décès a été déclaré à 5h25. Son visage présentait de multiples lésions et fractures. L'autopsie a révélé qu'il est mort noyé dans son sang, suggérant un déchaînement de violences particulièrement intense.
L'instruction n'a permis d'établir aucun récit cohérent des événements, se heurtant à des déclarations contradictoires et des dénégations systématiques. « Personne n'a rien fait, personne n'a rien vu », résume l'impasse dans laquelle se trouve l'enquête.
Attente d'un verdict
Les parties civiles espèrent une condamnation à la mesure de leur souffrance, les accusés risquant jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle. La journée de mardi, consacrée à l'étude des faits, devrait permettre de clarifier les responsabilités de chacun. Le verdict est attendu pour jeudi 26 février, clôturant un procès qui s'annonce aussi douloureux que complexe pour toutes les parties impliquées.



