Au procès du meurtre de Jonathan, les souvenirs des enquêteurs
Procès Jonathan : souvenirs des premiers enquêteurs

Vingt-deux ans ont passé, ses souvenirs se sont estompés, mais son émotion est intacte lorsqu'il se présente, ce jeudi 21 mai, à la barre de la cour d'assises de Loire-Atlantique, à Nantes. Ancien major de gendarmerie, André Corbel, 73 ans, fut l'un des premiers directeurs de l'enquête sur l'enlèvement et le meurtre du petit Jonathan Coulom à Saint-Brévin-les-Pins. Il se souvient de son arrivée, le 7 avril 2004, sur le site de la classe verte où le jeune garçon et ses camarades de l'école primaire d'Orval dans le Cher se sont installés une semaine plus tôt. L'absence de ce bambin de presque 10 ans a été constatée au réveil. Il a disparu pieds nus et en pyjama. Les gendarmes spécialisés de la section de recherche (SR) de Rennes sont saisis.

Des investigations tous azimuts

Les investigations sont lancées tous azimuts. Il faut auditionner les 25 enfants et 14 encadrants présents dans le centre, entamer l'enquête de voisinage, entendre la famille de Jonathan, identifier les agresseurs sexuels installés dans le secteur, ou bien encore isoler les portables ayant borné sur la zone. Très vite, le témoignage d'un agriculteur voisin attire l'attention. À 4 heures du matin, il a entendu un cri d'enfant puis aperçu une voiture s'éloigner à vive allure. Certains voisins de chambrée de Jonathan rapportent avoir perçu la présence d'un intrus dans la nuit.

Le corps de l'enfant découvert dans un étang

Comme son collègue André Corbel, Thierry Lezeau est rapidement dépêché à Saint-Brévin. Il est le responsable du service technique et scientifique de la SR. Sa découverte du site l'agace. « Le gel des lieux n'a pas pu être fait, il n'y a pas de périmètre de sécurité », se remémore-t-il à la barre. Les encadrants sont « fuyants », mais il met cette attitude peu coopérative sur le compte de la culpabilité. Alors qu'il fait procéder à une série de prélèvements, l'enquêteur constate que l'accès à la colonie n'est pas protégé. La porte de la chambre de Jonathan est la seule à ne pas être fermée.

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Le 19 mai 2004, le corps de l'enfant, entravé et lesté d'un parpaing, est découvert dans l'étang d'une propriété privée de Guérande, à 30 km du lieu de son rapt. « Il y a des images que je n'oublierai jamais », souffle Thierry Lezeau, ému. Selon les experts de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), le corps a été immergé autour du 7-8 mai. On sait désormais qu'une seconde expertise remettra en cause cette datation, mais, à l'époque, pour le major Corbel, cela signifie que l'enfant a été séquestré un mois et donc que l'auteur est du cru.

La piste allemande

Spontanément, le gendarme retraité n'évoque pas un autre épisode que la présidente doit lui soumettre : la visite inhabituelle d'une délégation de policiers allemands dès le 22 avril 2004. Ils sont sur les traces d'un mystérieux « homme en noir » qui a déjà tué trois enfants en 1992, 1995 et 2001 et commis des dizaines d'agressions sexuelles en s'en prenant à chaque fois à des garçons prépubères enlevés ou abusés dans des lieux clos, type colonie. « Ils sont persuadés que c'est le même auteur, mais, hormis un signalement, ils n'apportent aucun élément tangible qui pourrait nous permettre de faire des investigations. On ne les aide pas, et eux ne nous aident pas non plus. La piste allemande, ça veut dire quoi ? On va où ? », maugrée André Corbel, dont l'attitude confirme à quel point la coopération franco-allemande n'a pas bien fonctionné.

L'homme en noir a été arrêté en Allemagne en 2011 et condamné l'année suivante à la perpétuité pour les trois homicides et les multiples agressions. Il s'appelle Martin Ney, a 55 ans, et occupe le box de la cour d'assises depuis mardi. Il conteste avoir enlevé et tué Jonathan.

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