Un crime sanglant dans un hôtel F1
Il est 10h30 ce vendredi 30 août 2019 lorsqu'une femme de ménage de l'hôtel F1 de Plan de Campagne, en périphérie de Marseille, ouvre la porte de la chambre 120. Elle découvre une scène d'horreur : deux corps criblés de balles gisent au sol entre les deux lits. Neuf douilles de 7,62 mm seront retrouvées sur place. Sous l'une des victimes, les enquêteurs découvriront un gilet pare-balles et deux armes de poing chargées.
Des victimes bien connues du milieu
La première victime est rapidement identifiée : Farid Tir, 29 ans, figure du narcotrafic marseillais. Cet homme était sorti de prison l'année précédente après avoir purgé une peine de sept ans pour trafic de drogue international. Ce jour-là, il devenait le sixième membre de sa famille à tomber sous les balles dans des règlements de comptes sanglants. La deuxième victime est Mohamed Amine Bendjaghlouli, 28 ans, lieutenant de Farid Tir.
Des accusés de gros calibre
Sept ans après les faits, le procès de ce double assassinat s'ouvre ce lundi devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence. La particularité de cette affaire réside dans le profil des accusés qui prendront place dans le box. Certains sont parmi les plus gros calibres du narcotrafic marseillais, présentés comme des chefs de la DZ Mafia d'aujourd'hui.
Si Walid Bara, dit « le fondu », actuellement en cavale, sera jugé en son absence, plusieurs autres prévenus devront répondre de leurs actes :
- Karim Harrat, dit « le Rent »
- Zaineddine Ahamada
- Adrien Faure
- Gabriel « Gaby » Ory
Tous sont accusés d'homicide volontaire en bande organisée avec préméditation. Amine Oualane, dit « Mamine », est quant à lui accusé d'association de malfaiteurs. « Mamine » et « Gaby » sont aujourd'hui présentés comme deux des trois chefs de la plus célèbre organisation criminelle française.
Le rôle central de Gabriel Ory
Un nom occupe une place centrale dans ce dossier : Gabriel Ory. La vidéosurveillance le montre, la veille du meurtre, à l'hôtel en compagnie des deux victimes. Selon plusieurs informateurs de la police, c'est ce même Gabriel Ory qui aurait livré aux tueurs les codes d'accès à l'hôtel puis à la chambre des victimes. Les images montrent en effet les tireurs déverrouiller le portail d'entrée puis se diriger sans hésiter vers la chambre 120 dont ils connaissent aussi le code de la porte.
Un règlement de compte prémédité
Peu avant le double assassinat, un commando avait tenté de reprendre à Karim Harrat l'un des plans stup de La Paternelle, la cité qui deviendra quelques années plus tard l'épicentre de la guerre des clans Yoda - DZ Mafia. Farid Tir faisait, semble-t-il, partie de l'équipe à l'initiative de ce coup de force. Depuis, l'homme se savait traqué et pas nécessairement par la police.
Dans les semaines précédant sa mort, il vivait dans un studio de la propriété de sa belle-mère, aux Pennes-Mirabeau. Logement qu'il a quitté après avoir entendu pendant trois nuits consécutives des individus rôder sur le toit.
L'enquête et les arrestations
Fort du renseignement désignant Gabriel Ory comme celui qui aurait « donné » Farid Tir, la police a procédé le 11 septembre 2011 à son interpellation, après un refus d'obtempérer. Il circulait dans une puissante berline allemande en compagnie d'Adrien Faure et Zaineddine Ahamada, co-accusés dans ce dossier. Dans le coffre du véhicule du trio, était découverte une kalachnikov.
Un train de vie luxueux
Tous les trois venaient de passer un séjour festif en Espagne pour l'anniversaire de Zaineddine Ahamada dans une boîte de nuit. En garde à vue, Adrien Faure, simple dealer de la Cayolle, expliquait avoir acheté 53 bouteilles de champagnes à 300 euros - soit près de 16.000 euros - financées par Gabriel Ory. D'où provenaient ces fonds ? S'agissait-il là d'une partie de la somme rétribuée pour son crime ?
Selon Christopher Aouni - figure du milieu, condamné à trente ans de réclusion criminelle pour un double assassinat à Marseille en 2016 - Gabriel Ory ainsi que deux tireurs « de types africains » auraient touché 300.000 euros pour la mort de Farid Tir commanditée par le « clan des Marignanais ».
Un procès sous haute surveillance
Difficile d'y voir clair dans ce jeu de piste où les alliances se font et se défont au gré des trahisons et des règlements de comptes. La cour aura un peu plus de quinze journées d'audience pour tenter de démêler ces fils. Mais cela sera-t-il suffisant face à des accusés rompus aux interrogatoires et entourés d'avocats qui ne manqueront pas de souligner, comme toujours dans ces dossiers du « haut du spectre », la légèreté des preuves ?
Une large partie de l'accusation s'appuie, en effet, sur des témoignages de concurrents et des faisceaux d'indices. Par ailleurs, Karim Harrat sera à nouveau jugé à l'automne comme commanditaire d'un triple narchomicide en 2020 dans lequel Brahim Kessaci, le demi-frère du militant anti-narco Amine Kessaci, trouvait la mort. Amine Oualane est quant à lui suspecté d'être à l'origine de la mort de Mehdi Kessaci, abattu à Marseille le 13 novembre 2025.
Des mesures de sécurité exceptionnelles
L'audience se tiendra sous très haute surveillance. Début mars, au cours d'un vaste coup de filet, des téléphones portables ont été saisis dans le quartier d'isolement de la prison ultra-sécurisée de Vendin-le-Vieil, notamment dans la cellule de Gabriel Ory. La semaine dernière, le ministre de l'Intérieur a évoqué « un projet d'action violente […] en préparation ». Il a mentionné « l'achat de tenues de policiers, de tenues de pompiers, de talkies-walkies, de gyrophares, brassards, fumigènes, des cordes, un appartement […] pris en location ».
Ce procès historique marque un tournant dans la lutte contre le crime organisé à Marseille, mettant en lumière les mécanismes complexes des règlements de comptes et les réseaux tentaculaires du narcotrafic dans la région.



