Une quinzaine de familles de l’association MeTooEcole ont porté plainte ce vendredi 4 septembre auprès du parquet de Paris contre la Ville de Paris et ses édiles, dont Emmanuel Grégoire et Anne Hidalgo. Elles dénoncent une inaction face à des violences sexuelles dans le périscolaire, où 52 agents ont été suspendus en 2026.
Une plainte pour non-assistance à personne en danger
Cette nouvelle procédure s’inscrit dans le scandale du périscolaire parisien. Les familles, dont les enfants sont scolarisés dans des écoles des IXe, XIe et XVe arrondissements, demandent à la justice d’examiner ce que ces responsables savaient des dysfonctionnements et leur absence d’action supposée pour y remédier. La plainte vise également Patrick Bloche, qui fut en charge des affaires scolaires à l’Hôtel de Ville et premier adjoint d’Anne Hidalgo jusqu’en 2026.
Au niveau pénal, la plainte évoque la mise en danger délibérée d’autrui, la non-assistance à personne en danger et la non-dénonciation d’infraction sur les enfants, parfois âgés de deux à quatre ans. Selon les plaignants, la Ville et des responsables de sa direction des affaires scolaires ont eu connaissance des dysfonctionnements par des signalements des familles, dont certains sont restés en interne, et des « alertes documentées de longue date », sans prendre les mesures nécessaires : suspensions des agents impliqués, information des familles, saisie de la justice.
Des accusations de « connaissance systémique du péril »
Les avocats du collectif, Mes Maxime Delacarte, Elise Le Gall, Julia Basile et Kathleen Taieb, accusent les responsables de la Ville d’avoir eu connaissance « du caractère systémique du péril », notamment à compter du printemps 2025, lorsque les premières affaires ont éclaté. Le nombre d’animateurs suspendus par la Ville pour des faits à caractère sexuel – 20 en 2025, puis 52 depuis le début de l’année 2026 – « traduit une connaissance, au plus haut niveau de l’exécutif municipal, de l’ampleur et de la récurrence du phénomène », illustrent-ils.
Les responsables ne pouvaient alors pas « ignorer la réalité et la gravité du risque », et auraient dû adopter « sans délai des mesures de protection », accusent les avocats. « Au-delà de chacune de ces affaires, ces faits révèlent l’omerta systémique qui s’est installée au sein de la Ville de Paris », a estimé Barka Zerouali, porte-parole de MeTooEcole.
Trois plaintes déjà déposées contre Hidalgo et Bloche
Sur le plan pénal, Anne Hidalgo et Patrick Bloche sont déjà directement visés par trois plaintes déposées fin août par des familles de l’école Saint-Dominique (VIIe arrondissement). « Il n’y a jamais eu de la part d’Anne Hidalgo ni défaillance, ni faiblesse, ni inaction. Qui peut imaginer la maire de Paris vouloir protéger des prédateurs sexuels ? », avait réagi son avocat Patrick Klugman.
Une vingtaine d’élus de la droite et du centre, dont la maire du VIIe arrondissement Rachida Dati, ainsi que le groupe coprésidé par Sophia Chikirou (LFI), ont aussi fait un signalement au parquet.
Auditions au Sénat et plan d’action de 20 millions d’euros
Anne Hidalgo, Patrick Bloche et Emmanuel Grégoire doivent être auditionnés mi-septembre par la commission d’enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire à l’échelle nationale. L’édile de la capitale doit en outre être entendu par une mission d’information et d’évaluation (MIE) transpartisane sur le sujet, composée de 15 conseillers de Paris, a indiqué à l’AFP Inès de Raguenel (LR), la présidente de la MIE.
Emmanuel Grégoire a engagé un plan d’action de 20 millions d’euros de lutte contre les violences sexuelles dans le périscolaire, qu’il a érigé en « priorité absolue » de son début de mandat. Depuis début 2026, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville de Paris, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Plus de 200 enquêtes pénales sont par ailleurs en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale, en milieu scolaire et périscolaire.



