À quelques jours des nouvelles élections municipales de Sillans-la-Cascade, prévues le 30 août, une famille du village a déposé plainte contre l'ancien maire Christophe Carrière, destitué en mai dernier. Les plaignants, qui souhaitent rester anonymes, dénoncent des faits de harcèlement, menaces, violences morales et faux. Le couple, composé d'un agent municipal et de son épouse, commerçante locale, ainsi que leur fils, affirme avoir subi des pressions directement liées au scrutin.
Des pressions dès le mois de mai
Selon les plaignants, tout a commencé en mai, peu après l'annulation de l'élection municipale par le tribunal administratif de Toulon. Cette annulation faisait suite à un vice de forme : les bulletins de vote de la liste élue au premier tour ne mentionnaient pas la nationalité des candidats étrangers ressortissants d'un État de l'Union européenne. Une adjointe au maire aurait alors convoqué la famille en mairie, expliquant que le maire avait des doutes sur leur vote.
« Une adjointe m'a expliqué que le maire avait un doute sur le fait qu'on ait voté pour lui. On m'a demandé de fournir les bilans et chiffres de mon magasin, et que j'allais avoir plusieurs contrôles. Tandis que rien ne justifie cela, la municipalité n'a aucun pouvoir sur mon commerce », témoigne la mère de famille. La reconduction du poste de son mari, agent municipal, aurait également été menacée.
Un enregistrement audio compromettant
Quelques semaines plus tard, la même adjointe a demandé à revoir le couple. Cette fois, les deux administrés ont enregistré la conversation. L'audio, que Var-matin a pu écouter et qui a été certifié par un huissier de justice, révèle que l'élue met en garde les administrés : le maire ne leur fait pas confiance, préfère qu'ils ne viennent pas voter, et leur propose plutôt d'effectuer trois procurations, en suggérant trois noms. L'élue explique en substance qu'ils ont tout intérêt à coopérer s'ils ne veulent pas avoir de problème avec la municipalité.
Face à ce qu'ils considèrent comme du chantage, les membres de la famille se disent « sidérés ». Depuis le 13 mai, la plaignante confie : « On ne dort plus la nuit, nous prenons des anxiolytiques pour tenir le coup. On a peur des représailles, pour nous et nos enfants. Nous avons passé des vacances d'été cauchemardesques. »
Un comité de soutien et une enquête en cours
La famille est soutenue par Catherine Apostolo, tête de liste de l'opposition, candidate aux élections du 30 août, tout comme Loïc Murat. Un comité de soutien s'est formé autour d'eux. Jean-Pierre Renard, ancien premier adjoint de Christophe Carrière, s'indigne : « On se demande dans quel pays on vit lorsqu'on entend des choses pareilles. » Il rappelle que Christophe Carrière comparaîtra en novembre prochain devant le tribunal correctionnel de Draguignan dans une autre affaire de harcèlement envers des agents municipaux, en 2023 : « Ce n'est pas la première fois, il est temps de se poser les bonnes questions. »
Me Jean-Claude Guidicelli, avocat de la famille, assure que ses clients sont « ébranlés et traumatisés » : « Comment voulez-vous que les citoyens puissent avoir confiance en certains élus. Au niveau de l'exemplarité dont ces derniers doivent faire preuve, c'est affolant. Cet ex-maire se retrouve aujourd'hui impliqué dans des affaires particulièrement graves. » L'enquête est en cours. Contacté par Var-matin, Christophe Carrière, qui reste présumé innocent, explique qu'il est « impossible de s'exprimer ou de (se) défendre sur ce dossier, n'ayant pas connaissance des faits exacts qui (lui) auraient été reprochés ».



