Le 14 juillet 2016, Patrick Sergent, Niçois, avait porté secours à Adelaïde, une jeune touriste australienne blessée sur la promenade des Anglais lors de l'attentat au camion-bélier. Dix ans plus tard, il partage un moment de complicité avec ses parents David et Chantelle, venus spécialement de Sydney pour les commémorations.
Un lien fraternel
Pour David et Chantelle, Patrick Sergent est bien plus qu'un ami : « C'est un frère », confie David, ému. Les trois se retrouvent face au Palais de la Méditerranée, là où Patrick a sauvé Adelaïde. L'accolade est chaleureuse, les regards bienveillants. « C'est très émouvant de parler de ce qu'a fait Patrick pour notre famille », ajoute David.
Le sauvetage héroïque
Ce soir-là, Patrick Sergent, alors âgé de 57 ans, se trouvait sur la Promenade des Anglais avec sa compagne. Quand le camion a foncé dans la foule, il a enjoint sa compagne à fuir vers la plage, mais lui est resté. « Il aurait pu s'enfuir. Il a choisi de rester pour aider. C'est un symbole de ce dont on est capable », salue Chantelle.
Adelaïde, 22 ans à l'époque, gisait au milieu des corps agonisants. Patrick l'a repérée, leurs regards se sont croisés. Il s'est porté à son secours, l'a évacuée au Palais de la Méditerranée, puis est resté veiller sur elle. Les jours suivants, il est venu la visiter à l'hôpital. « Patrick a réussi à faire ce que nous ne pouvions faire : réconforter notre fille, la protéger et l'emmener en sécurité. Grâce à cela, il lui a sauvé la vie. Nous ne pourrons jamais le remercier assez », déclare Chantelle. David ajoute : « Patrick a joué mon rôle de père. »
Les heures d'angoisse des parents
À l'autre bout du monde, David et Chantelle ont vécu huit heures d'angoisse avant d'apprendre qu'Adelaïde était vivante. « Les pires heures de ma vie », souffle David. En voyant les images de la Promenade des Anglais sur Sky News, Chantelle a tout de suite compris mais a gardé la foi : « Je savais qu'elle était en vie. »
Une vie reconstruite
Quinze jours après l'attentat, Adelaïde quittait l'hôpital entourée des siens, puis regagnait Sydney. Elle venait de terminer ses études en médias audiovisuels, mais après le traumatisme, elle ne pouvait plus travailler dans ce domaine. Elle a donc changé de voie, obtenu un master en éducation, et est devenue enseignante en maternelle à Sydney. « Elle adore ça, l'innocence des enfants, sourient ses parents. Grâce à Patrick, elle vit une vie heureuse, une très belle vie. »
Dix ans après, Adelaïde souffre encore de douleurs aux épaules, au cou, et de problèmes de vision. Elle reste suivie par un psychologue, tout comme ses parents et sa sœur. « Mais elle a été remarquable, souligne sa mère. Adelaïde a toujours regardé la lumière, pas le côté sombre, et ce qu'il y a de bon dans l'être humain. Les gens bien font de belles choses, et ils changent le monde. »
Un rayon de lumière dans les ténèbres
Patrick Sergent est de ceux qui apportent « un rai de lumière », dixit Chantelle, dans les ténèbres de cette nuit d'été. L'histoire entre Patrick et Adelaïde a fait le tour des médias australiens. Une chaîne de télévision a invité le Niçois à Sydney, et l'émission a fini en tête des audiences. Patrick reconnaît que son anglais est limité, mais « on arrive toujours à se parler, à se comprendre ».
Les amis du bout du monde prennent régulièrement de leurs nouvelles, se retrouvent lorsque les Stratton viennent en France. Cette fois, Adelaïde n'est pas venue à Nice : « Elle est revenue une fois et s'est effondrée. C'est un trop grand traumatisme », expliquent ses parents.
Rattrapée par le terrorisme en Australie
Le traumatisme a été ravivé par l'attaque terroriste du 14 décembre 2025 sur la plage de Bondi, à Sydney. Ce jour-là, Adelaïde devait y rejoindre des amis, mais elle était en retard. Ses amis ont fui, et elle a été très effrayée. « Mais elle a compris ce qu'ils vivaient », témoignent les Stratton. Adelaïde a partagé son expérience avec ses amis et à son école. « Elle s'est sentie utile. Ça l'a beaucoup aidée. Avec cette expérience, elle a de l'empathie. Mais elle a perdu beaucoup de sa vie », soupirent ses parents.
Malgré tout, David et Chantelle, comme leur fille, aspirent à positiver. « Nous avons conscience de la chance que nous avons, quand tant d'autres familles ne l'ont pas eue. Nous pensons tous les jours à elles. Comme nous pensons tous les jours à Patrick. » Pensées réciproques, sourit Patrick : « Entre nous, il n'y a que du positif. Qui sait, peut-être que je retournerai les voir à Sydney ? »



