Parricide à Nice : un crime rare et contre-nature
Un crime qualifié de « grave » et « contre-nature » par Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue. Un des actes les « plus odieux pouvant exister », selon Aline Monmont dans sa thèse en sciences criminologiques. Si les parricides – le fait de tuer un de ses parents – sont relativement rares, ils font parfois la une des faits divers.
Un adolescent de 13 ans avoue le meurtre de sa mère
Le week-end dernier, à Nice, un adolescent de 13 ans a avoué avoir tué sa mère de 42 ans à coups de marteau. « Après avoir contesté être impliqué dans les faits, le jeune garçon a reconnu être l’auteur des coups en indiquant que dans la suite d’une dispute avec sa mère, qui lui reprochait d’avoir consommé de l’alcool, il l’avait frappée et poussée violemment avant de se saisir d’un marteau et de lui porter des coups à la tête », a précisé le procureur.
Les examens psychiatriques n’ont montré aucune altération du discernement. Il a été placé en détention provisoire. Si le crime est puni de la réclusion criminelle à perpétuité, le fait qu’il soit mineur ramène la peine à 20 ans de prison au maximum.
Un crime rare, difficile à quantifier
La rareté de ce crime rend difficile l’élaboration de données scientifiques solides. D’autant que s’il constituait jusqu’en 1994 une qualification pénale à part entière, il est aujourd’hui considéré comme une circonstance aggravante de l’homicide. Il n’est donc pas comptabilisé en tant que tel. Ni le ministère de l’Intérieur ni celui de la Justice n’ont donc été en mesure de fournir des chiffres précis de plaintes ou de condamnations.
« En France, les statistiques indiquent que le parricide représente 2 % à 3 % de l’ensemble des homicides et les matricides représenteraient moins de 1 % des meurtres. Son incidence représenterait environ trente cas par an en France », indique néanmoins dans ses recherches Jenny Wardrop-Vivini. Des estimations qui recoupent celles de Jean-Pierre Bouchard. Le criminologue en compte entre 30 et 40 par an. « Rare », donc, « mais régulier », souligne-t-il.
Des profils d’agresseurs et de victimes différents
« La littérature scientifique est très maigre, il n’y a pas de profil type, ce sont surtout des crimes de circonstances », ajoute Mickael Morlet-Rivelli, psychologue et expert judiciaire qui a croisé « trois cas sur les 800 dossiers » de sa carrière. Difficile donc d’établir un « échantillon assez quantitatif » pour tirer un profil précis.
Jean-Pierre Bouchard, référence médiatique sur le sujet, partage le même avis. La fourchette d’âge est « très large », allant de « moins de dix jusqu’à l’âge de 40 ans », note-t-il. Passé la quarantaine, ce crime devient plus rare par la force des choses : plus on vieillit, plus nos propres parents vieillissent et se rapprochent de la fin.
Si les meurtriers sont plus souvent de sexe masculin, « les femmes peuvent aussi s’en rendre coupables, parfois en faisant appel à une aide extérieure », ajoute le criminologue. En revanche, les victimes les plus « fréquentes » sont les mères. « Et les doubles parricides sont les moins fréquents ». Ces homicides peuvent concerner « tous les milieux sociaux », de ceux que l’on appelle « défavorisés » jusqu’aux niveaux « très supérieurs » en passant par les classes moyennes, précise le spécialiste.
Des mobiles nombreux et variés
Quant aux motivations, elles sont également difficiles à cerner. Le meurtre – ou la tentative – résulte parfois d’un passage à l’acte impulsif. Dans d’autres affaires, il est prémédité. Par exemple, « des parents qui imposent des interdits et des enfants qui se rebellent contre ces règles », développe Jean-Pierre Bouchard.
Il peut aussi s’agir de parents persécuteurs, violents, contre la personne qui passe à l’acte ou un autre membre de la famille. La motivation pécuniaire peut aussi entrer en compte, pour hériter par exemple. « Il y a une variété de mobiles, donc une variété de passages à l’acte. »
Dans leur étude de 2009 Facteurs prédictifs des parricides : psychose non traitée, comportements à risque des parents et hallucinations de commandement, les chercheurs Marc Hillbrand, Jason W. Alexandre, John L. Young et Reuben T. Spitz « identifient différents types de parricides », dont 47 % sont « reliés à la psychose », 28 % « à l’impulsivité » et 15 % « à une tentative d’échapper à une situation fâcheuse », relève la fiche sur le sujet repérée par le site d’études scientifiques EM-consulte.
Dans l’affaire de Nice, les investigations qui débutent tout juste apporteront peut-être des éléments plus précis sur les motivations sous-jacentes de ce passage à l’acte. Car l’adolescent n’était pas connu des services de police.



