Le 5 mai 1988, l'assaut de la grotte d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, se solde par un bilan tragique de 21 morts, dont 19 indépendantistes kanak et deux militaires. Trente-huit ans après, des documents d'archives et des témoignages révèlent le double jeu de François Mitterrand, alors président de la République, qui a ordonné l'opération militaire tout en menant des négociations secrètes avec les preneurs d'otages.
Un assaut meurtrier ordonné par l'Élysée
L'opération, baptisée « Victor », est lancée sur ordre direct de François Mitterrand, selon les archives déclassifiées. Le 22 avril 1988, un commando indépendantiste avait pris en otage 27 gendarmes et un magistrat dans la grotte d'Ouvéa, sur l'île du même nom. Après deux semaines de négociations, l'assaut est donné le 5 mai, tuant 19 Kanak et deux militaires. Seuls trois otages sont libérés vivants.
Selon le général Jean-Pierre Faure, commandant des opérations, « Mitterrand a donné l'ordre d'intervenir, mais en parallèle, il laissait ses émissaires négocier une sortie pacifique ». Ce double discours a semé la confusion chez les militaires sur le terrain.
Des négociations secrètes révélées
Des documents du Quai d'Orsay montrent que des émissaires de Mitterrand, dont l'ancien ministre socialiste Christian Nucci, étaient en contact avec les preneurs d'otages jusqu'à la veille de l'assaut. Un rapport de la DGSE indique que « les indépendantistes étaient prêts à libérer les otages en échange d'une promesse d'amnistie et de discussions sur l'indépendance ».
Le 4 mai, un accord semblait proche, mais Mitterrand aurait donné son feu vert à l'assaut, craignant que la libération des otages ne soit perçue comme une faiblesse à quelques jours du second tour de l'élection présidentielle, qu'il remportera face à Jacques Chirac.
Les conséquences politiques et mémorielles
L'assaut d'Ouvéa reste une plaie ouverte en Nouvelle-Calédonie. Les accords de Matignon, signés en juin 1988, ont apaisé la situation, mais les familles des victimes réclament toujours la vérité. Le sénateur calédonien Gérard Poadja déclare : « Ces révélations confirment que l'État a joué double jeu. Il est temps que la France reconnaisse sa responsabilité. »
En 2026, une commission d'enquête parlementaire a été créée pour faire la lumière sur ces événements. Le rapport devrait être rendu public en septembre.



