Occupation illégale de Roms sur un terrain métropolitain à Artigues
Depuis une semaine, près d'une centaine de femmes, hommes et enfants roms ont investi un terrain de Bordeaux Métropole situé à Artigues-près-Bordeaux. Les caravanes, en piteux état, sont disséminées sur les 3 hectares du site qui longe le boulevard de Feydeau, près de la rocade entre Cenon, Floirac et Artigues.
Un terrain destiné au projet Woodrise valley
Cette grande parcelle est normalement destinée à accueillir, à terme, des sites de formation, de recherche et de production bois dans le cadre du projet Woodrise valley. Cependant, dans la nuit du 3 au 4 février, des familles roms y ont installé leurs caravanes de manière illégale. « On est bien ici, on ne veut pas déranger, on travaille dans l'agriculture », explique Ionut, l'un des résidents.
L'occupation est totalement illicite, tout comme le branchement électrique effectué sur un transformateur et le raccordement au réseau d'eau. Ce groupe, qui tourne sur la métropole depuis une dizaine d'années, a été expulsé de Saint-Médard-en-Jalles en début de semaine dernière par une centaine de gendarmes, avant de se disperser entre Bordeaux-Lac, Mérignac et Artigues. Selon des sources judiciaires, des actions pour d'autres pratiques illégales le visent.
Gens du voyage ou squatteurs ? Un débat juridique
Bordeaux Métropole a déposé plainte dès le lendemain de leur installation pour occupation illicite et dégradations, indique le maire d'Artigues, Alain Garnier. Avec l'aire de grand passage des gens du voyage, aménagée il y a deux ans juste à côté du campement actuel, la Ville, pour son effort réalisé dans l'accueil, est en effet « habilitée » à réclamer l'intervention rapide des forces de l'ordre lors d'occupation illégale de gens du voyage ailleurs sur la commune.
Mais un débat crucial s'est posé au cours de la semaine entre mairie et préfecture : cette population roumaine de Roms est-elle considérée comme relevant des gens du voyage ? Dans le cas contraire, la procédure serait différente, analogue à celle de squatteurs classiques, et prendrait un peu plus de temps. À Saint-Médard, trois mois se sont écoulés, mais en raison de deux terrains aux statuts différents (public et privé) et de deux jugements distincts.
« Il a fallu un arrêté de péril grave et imminent pour que les choses se débloquent », renseigne le maire Stéphane Delpeyrat. Celui d'Artigues argue que d'autres préfectures les considèrent comme gens du voyage, et souligne « les conditions déplorables et dangereuses de vie sur le terrain ». Le statut de ce campement et de ses habitants a été fixé ce mercredi.
L'opposition s'interroge et le quartier s'inquiète
Pour la préfecture, il s'agit de « Roms non français » et leur occupation doit faire l'objet d'une instruction et d'un jugement du tribunal. « Cela devrait prendre quelques jours encore, m'a-t-on dit », déclare Alain Garnier. Dans le quartier, on retrouve un mélange d'inquiétude, de patience et de dérives racistes.
Le sujet ne manque pas d'être invité dans la campagne des municipales en cours. La liste Ensemble pour Artigues, emmenée par Claude Dauvillier (centre droit), s'interroge, après six jours d'occupation et à fleurets mouchetés, sur le manque de réaction des collectivités municipale et métropolitaine. C'est finalement au tribunal que sera tranché le dossier, déterminant l'avenir de ce campement illégal et de ses occupants.