Nuisances motos à Puilboreau : les riverains excédés face aux rodéos urbains du vendredi soir
Avec le retour des beaux jours, chaque vendredi soir, les moteurs vrombissent et les motos pétaradent sur le parking de Beaulieu à Puilboreau. Les riverains, excédés, en appellent aux pouvoirs publics depuis des années, mais sans succès. La hausse du prix de l’essence n’a visiblement pas entamé l’enthousiasme des passionnés pour se rassembler tous les vendredis soir, entre 21 heures et parfois jusqu’à 1 heure ou 2 heures du matin, sur le parking de la Fnac de Beaulieu.
Des nuisances sonores insupportables
Les amateurs de grosses cylindrées reviennent toujours plus nombreux à l’approche de l’été. Sur des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, on entend les moteurs ronfler, les motos pétarader, et les enceintes cracher de la musique. Si les rassemblements ne sont pas interdits, les troubles, eux, le sont. Au-delà des nuisances sonores, très souvent des « runs », alias rodéos urbains, s’improvisent en marge de ces attroupements. Tout cela sous le regard d’un public amateur de puissance, composé d’adultes mais aussi d’enfants. Les accidents lors de ces événements ne sont pas rares. Encore vendredi 17 avril, un motard a été blessé.
À 100 mètres à vol d’oiseau, Maria, maman d’un petit garçon de 4 ans, s’enferme dans sa maison le vendredi venu. Installée depuis 2020 à Périgny, côté Rompsay, elle fait partie des habitants se trouvant au plus près du parking de la Fnac, de ses « vroum » et de ses « boum boum ». « Ces rassemblements ont commencé après le Covid, se souvient-elle. Mon premier courrier envoyé à la mairie date de 2022. » Quatre ans plus tard, force est de constater que rien n’a changé. « On ne peut pas prendre l’apéro ou manger dehors. Le bruit est insupportable. On n’invite plus personne. Les gens qui viennent nous demandent comment on peut encore vivre là. »
Des mesures insuffisantes face à l’impuissance des élus
Avec son téléphone, Maria a mesuré le bruit : « 80 dB », soit autant qu’un aspirateur, pendant des heures. « Pour l’anecdote, le babyphone qui réagit aux sons reste allumé en permanence », témoigne-t-elle. Elle a multiplié les appels à la police nationale, les courriers aux mairies, les mails à la préfecture, et les signalements sur la plateforme nationale de lutte contre les rodéos urbains en ligne. Peu de réponses lui sont revenues. La mère de famille a la particularité d’habiter à Périgny quand les manifestations se déroulent à Puilboreau. « Les deux communes se renvoient la balle. Et la police ? Quand j’appelle le 17, on m’explique que mes oreilles ne sont pas une priorité. »
Sous la pression des riverains, la Communauté d’agglomération de La Rochelle a fini par installer des ralentisseurs sur le parking de la Fnac. « Aucun intérêt » pour Maria. « Ce n’est pas là qu’ils font la course. Ils ne font que se rassembler sur les parkings. » Elle a bien soumis des idées pour retrouver un peu de tranquillité, comme éteindre l’éclairage public ou installer une barrière, mais ces solutions ne sont pas envisageables. Le nouveau maire de Puilboreau, Didier Proust, ne cache pas son impuissance. « Nous n’avons aucun pouvoir de police sur cette zone. L’éclairage ne peut être éteint à cause de la présence de restaurants à proximité. »
Des actions policières et législatives en cours
Depuis plusieurs années, le gouvernement affiche sa « tolérance zéro » pour les dérives issues de ces rassemblements. La police de La Rochelle a multiplié les descentes, principalement à Chef-de-Baie. En 2025, 737 opérations et interventions de lutte contre les rodéos ont été réalisées sur tout le département. Résultat : 19 gardes à vue, quatre véhicules saisis et 537 contraventions relevées.
En 2018, la révision de la loi faisait passer la pratique de rodéos d’une simple infraction au Code de la route à un délit passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. Fin mars 2026, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a présenté le projet de loi « Ripost » dans lequel figure un durcissement de la législation pour lutter contre les rodéos motorisés. Le texte prévoit ainsi une amende forfaitaire délictuelle de 800 euros, mais aussi « la possibilité pour les préfets d’interdire administrativement de conduire tout véhicule terrestre à moteur », y compris sans permis.
Des débordements récurrents et des solutions limitées
Sur Internet, les rendez-vous des passionnés de véhicules sportifs ne sont pas secrets. Sur la page Auto Time Rochelais et Moto Time Rochelais, on invite à des « rassemblements TOUS les vendredis à partir de 21 heures, par temps sec à Hyper U, et par temps pluvieux à la Fnac/Zodio ». Il est cependant précisé : « pas de rodéo sauvage ». Jusqu’à preuve du contraire, dans ces conditions, cela n’a rien d’illégal. En 2024, en six mois, 25 « runs » avaient été enregistrés par la police sur la zone commerciale de Puilboreau, le quartier de Chef-de-Baie à La Rochelle et à Périgny.
À Bordeaux, depuis 1997, une piste d’accélération accueille les passionnés de vitesse, une façon de lutter contre les « runs » sauvages quand le site est disponible, mais il est très souvent occupé par les gens du voyage. Tous les yeux sont tournés vers la police nationale. « Ils peuvent intervenir oui mais quand ils ont un contingent disponible, défend le nouveau maire de Périgny, Cédric Lafage. Ce ne sont pas deux agents qui vont venir disperser une foule, parfois hostile. » Son adjoint à la sécurité, Amaury Caillias-Laporte, a pris soin d’appeler Maria et a rencontré le commissaire Aubry Commecy, chargé de la voie publique, pour insister sur des passages plus fréquents des forces de police.



